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(3 votes)
Écrit par Francis Rozange   
28-10-2004
Drôle d'époque que celle-là ! en ces temps reculés où l'euro n'existait pas, j'avais acheté un modem 2400bps (en promotion s'il vous plait) pour la bagatelle de 5.000F. Merveille des merveilles, je pouvais enfin surfer en couleur à partir de mon ordinateur sur... le Minitel. C'était il y a vingt ans.


J'ai ensuite découvert le petit monde des BBS (une espèce disparue connue de quelques paléontologues). c'était un peu comme le Minitel, mais en beaucoup plus compliqué, de sorte que seuls des informaticiens avertis pouvaient s'y connecter. Par exemple, pour lire ses messages, il fallait taper dans PCBOARD la commande R A S (Read All Since last time). Effrayant. Et fascinant. J'ai alors  fait venir des États-Unis un modem non agréé (crime suprême à l'époque) US Robotics doté d'un protocole propriétaire qui lui permettait de grimper à la vitesse foudroyante de 14.400bps. Je frisais alors l'extase. D'achat onéreux en achat encore plus onéreux, j'en vins à monter mon propre BBS : Windows Manor. C'était alors le seul serveur français s'intéressant à Windows. Les informaticiens méprisant ce système compréhensible par d'autres personnes que des informaticiens. C'est qu'à l'époque, le simple fait d'allumer un ordinateur exigeait un diplôme. Aujourd'hui, comme chacun le sait, n'importe quel ordinateur est devenu aussi simple à utiliser que... heu... non, en définitive les choses n'ont pas tellement changé.

Quoi qu'il en soit, j'ai découvert Internet en noir et blanc, sous Lynx, vers le début à la fin des années 80. C'est beau, Internet en noir et blanc. Et encore bien plus beau au prix d'une communication téléphonique transatlantique à laquelle s'ajoutaient les frais d'abonnement exhorbitants à des serveurs tels que Compuserve. Fort heureusement les prix baissèrent, Compuserve s'installa en France et il devint possible connecter au monde entier pour une somme dérisoire : à peine cent francs de l'heure. Mais ce n'était pas encore tout à fait Internet... seulement une passerelle vers usenet. Toutefois n'importe quel demeuré capable de lire une documentation électronique en anglais était alors capable de configurer proprement le protocole TCP/IP sur son ordinateur et, quelques DNS plus tard, de se connecter enfin au Net, mais avec quelle lenteur...

J'ai alors créé un magazine sur cdrom : le premier (et le dernier) en seize millions de couleurs. il s'agissait de Cyber Factory. Il n'y eut que deux numéros. Pour préparer son lancement, j'ai parallèlement créé fin 1994 un petit site Internet, Cybermag, qui devient plus tard cybermagnet.com. Grâce aux progrès foudroyants d'Internet, réaliser un magazine sur cdrom perdit tout intérêt alors que tout restait à faire en ligne. Et nous avons tout fait : des tests de logiciels, du manga, des comics... Tout vous dis-je. Le site eut du succès :  c'était joli, bien fait, et nous abordions des thèmes populaires. Ce n'était donc plus amusant du tout. J'ai alors créé ce qui est désormais le plus ancien magazine littéraire de l'internet francophone : "les chants de Maldoror". Initialement un vulgaire sous-répertoire de cybermagnet.com il ne tarda pas à devenir.... lafactory.com.

En ces temps reculés, aucun éditeur n'avait Internet. Je dis bien aucun. J'ai donc adressé par fax notre pressbook, nous avons reçu des livres, et nous leur retournions nos chroniques litttéraires également par fax...  Le succès de notre site fut ubuesque : Nous étions pour ainsi dire le seul site "intello" du monde francophone. J'exagère à peine. Résultat ? mon portrait dans libé (Je vous épargne la photo...) de nombreux articles dans la presse et des reportages télévisés sur à peu près toutes les chaînes existantes. On n'a rien épargné aux pauvres téléspectateurs, jusqu'à la « journée de travail de Francis Rozange » pour la Cinquième. C'était bien avant la bulle Internet, et le monde était déjà complètement fou : on me trouvait intéressant !

La suite, vous l'avez sous les yeux : J'écris ces lignes le 25 avril 2003. Pour peu que l'on se décide à archiver le Web sur des supports microscopiques de plusieurs giga-trillions de méga-octets, lorsque vous me lirez je serai sans doute mort depuis mille ans et sur ma pierre tombale, je vous fiche mon billet que l'on aura gravé "il était temps qu'il se taise celui-là !".

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