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Drôle d'époque que celle-là ! en ces temps reculés
où l'euro n'existait pas, j'avais acheté un modem 2400bps (en promotion
s'il vous plait) pour la bagatelle de 5.000F. Merveille des
merveilles, je pouvais enfin surfer en couleur à partir de mon
ordinateur sur... le Minitel. C'était il y a vingt ans.
J'ai ensuite découvert le petit monde des BBS (une
espèce disparue connue de quelques paléontologues). c'était un peu
comme le Minitel, mais en beaucoup plus compliqué, de sorte que seuls
des informaticiens avertis pouvaient s'y connecter. Par exemple, pour
lire ses messages, il fallait taper dans PCBOARD la commande R A S
(Read All Since last time). Effrayant. Et fascinant. J'ai alors
fait venir des États-Unis un modem non agréé (crime suprême à l'époque)
US Robotics doté d'un protocole propriétaire qui lui permettait de
grimper à la vitesse foudroyante de 14.400bps. Je frisais alors
l'extase. D'achat onéreux en achat encore plus onéreux, j'en vins à
monter mon propre BBS : Windows Manor. C'était alors le seul serveur
français s'intéressant à Windows. Les informaticiens méprisant ce
système compréhensible par d'autres personnes que des informaticiens.
C'est qu'à l'époque, le simple fait d'allumer un ordinateur exigeait un
diplôme. Aujourd'hui, comme chacun le sait, n'importe quel ordinateur
est devenu aussi simple à utiliser que... heu... non, en définitive les
choses n'ont pas tellement changé.
Quoi qu'il en soit, j'ai
découvert Internet en noir et blanc, sous Lynx, vers le début à la fin
des années 80. C'est beau, Internet en noir et blanc. Et encore bien
plus
beau au prix d'une communication téléphonique transatlantique à
laquelle s'ajoutaient les frais d'abonnement exhorbitants à des
serveurs tels que Compuserve. Fort heureusement les prix baissèrent,
Compuserve s'installa en France et il devint possible connecter au
monde entier pour une somme dérisoire : à peine cent francs de l'heure.
Mais ce n'était pas encore tout à fait Internet... seulement une
passerelle vers usenet. Toutefois n'importe quel demeuré
capable de lire une documentation électronique en anglais était alors
capable de configurer proprement le protocole TCP/IP sur son ordinateur
et, quelques DNS plus tard, de se connecter enfin au Net, mais avec
quelle lenteur...
J'ai alors créé un magazine sur cdrom : le
premier (et le dernier) en seize millions de couleurs. il s'agissait de
Cyber Factory. Il n'y eut que deux numéros. Pour préparer son lancement, j'ai parallèlement créé fin
1994 un petit site Internet, Cybermag, qui devient plus tard
cybermagnet.com. Grâce aux progrès foudroyants d'Internet, réaliser un
magazine sur cdrom perdit tout intérêt alors que tout restait à faire
en ligne. Et nous avons tout fait : des tests de logiciels, du manga,
des comics... Tout vous dis-je. Le site eut du succès : c'était
joli, bien fait, et nous abordions des thèmes populaires. Ce n'était
donc plus amusant du tout. J'ai alors créé ce qui est désormais le plus
ancien magazine littéraire de l'internet francophone : "les chants
de Maldoror". Initialement un vulgaire sous-répertoire de
cybermagnet.com il ne tarda pas à devenir.... lafactory.com.
En
ces temps reculés, aucun éditeur n'avait Internet. Je dis bien aucun.
J'ai donc adressé par fax notre pressbook, nous avons reçu des livres,
et nous leur retournions nos chroniques litttéraires également par
fax... Le succès de notre site fut ubuesque : Nous étions pour
ainsi dire le seul site "intello" du monde francophone. J'exagère à
peine. Résultat ? mon portrait dans libé (Je vous épargne la photo...)
de nombreux articles dans la presse et des reportages télévisés sur à
peu près toutes les chaînes existantes. On n'a rien épargné aux pauvres
téléspectateurs, jusqu'à la « journée de travail de Francis
Rozange » pour la Cinquième. C'était bien avant la bulle Internet,
et le monde était déjà complètement fou : on me trouvait intéressant !
La
suite, vous l'avez sous les yeux : J'écris ces lignes le 25 avril 2003.
Pour peu que l'on se décide à archiver le Web sur des supports
microscopiques de plusieurs giga-trillions de méga-octets, lorsque vous
me lirez je serai sans doute mort depuis mille ans et sur ma pierre
tombale, je vous fiche mon billet que l'on aura gravé "il était temps
qu'il se taise celui-là !".
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