Vendredi, Septembre 03, 2010

2 milliards d'euros pour le très haut débit, c'est une très bonne nouvelle.

Mais qui va en bénéficier : les citadins ou les ruraux ? Les particuliers ou

les entreprises ?

 

Le numérique est un axe clé du Grand Emprunt. Le Président de la République

vient d'annoncer un fonds national pour le numérique, avec un investissement

de 2 milliards d'euros pour l'équipement en très haut débit. Par ailleurs,

les usages du numérique bénéficieraient de 2,5 milliards.

 

Est-ce que cela signifie que tous, habitants des villes ou des zones

rurales, allons être équipés en fibre optique dans les prochaines années ?

Il y a une réelle attente des français, depuis les annonces de certains

opérateurs il y a 2 ans … mais aujourd'hui, on ne voit pas arriver la fibre.

Les opérateurs jouent la « course à l'escargot ». La réglementation n'est

pas encore définie, mais n'est-ce pas un prétexte ? En tant que

professionnels du secteur, nous pensons que la logique économique ne permet

pas d'apporter la fibre optique à tous les français, ni par l'investissement

privé, ni par l'argent public.

 

La fibre avant tout pour les entreprises

 

Il y a un premier malentendu : aujourd'hui, la fibre est déjà présente sur

une grande partie du territoire national. Mais elle est « horizontale »,

c'est à dire qu'elle est présente dans la rue. Elle ne monte pas «

verticalement » dans les immeubles.

 

La fibre optique reste une nécessité pour la France, afin que les

entreprises puissent en bénéficier partout sur le territoire. La fibre sera

indispensable aux entreprises d'ici quelques années ; c'est déjà un critère

d'implantation primordial. Pour une collectivité, la présence d'entreprises

sur son territoire n'est-elle pas plus important que de fournir la

télévision HD à tous ?

 

C'est donc une très bonne nouvelle que l'état investisse pour le maillage en

fibre du territoire national, aux côtés des collectivités et des opérateurs

privés qui le font depuis plusieurs années.

 

La fibre « horizontale » raccorde les grandes entreprises, les centraux

téléphoniques, et certaines PME. Depuis quelques mois, on assiste à une

hausse très forte de la demande de toutes les entreprises pour s'équiper en

fibre, car les besoins sont là : les entreprises sont interconnectées, elles

dépendent des réseaux pour leurs relations avec leurs clients, fournisseurs,

partenaires, agences, télétravailleurs, etc … La téléphonie passe désormais

sur la fibre, tout comme la visioconférence. La virtualisation permet de

centraliser les données et les applications sur des sites sécurisés, grâce à

la fibre. La révolution numérique des entreprises est en marche ! La fibre

optique est devenue un critère d'implantation des entreprises. « Y a-t-il de

la fibre sur telle zone d'activité ? Si non, je vais implanter mon

entreprise ailleurs ! »

 

 

 

Les 3 modèles économiques de la fibre optique

 

3 types d'infrastructure sont disponibles pour raccorder les entreprises en

fibre :

 

- par le réseau des « PTT »

 

France Télécom a hérité en 2000 d'un capital très important : le réseau de

téléphone (en cuivre), mais aussi les cavités, fourreaux, chambres de

raccordement qui sont dans toutes les villes en France. Le résultat est que

l'infrastructure de l'opérateur historique permet de fournir de la fibre

optique à un grand nombre d'établissements en France, sans travaux de génie

civil.

Les opérateurs alternatifs comme CELESTE peuvent utiliser cette

infrastructure pour équiper leurs clients, l'autorité de régulation de ce

marché (ARCEP) ayant fixé une offre de revente de gros, appelée  «

collecte ». C'était aussi le cas en 2001 pour l'ADSL, ce qui a permis à des

opérateurs comme Free de se lancer sans équiper des millions de foyers en

réseau téléphonique. Il est important de noter qu'aujourd'hui l'offre de

revente pour la fibre existe pour les offres entreprises, et non pour les

offres à destination des particuliers (FTTH).

 

L'offre fibre optique via France Télécom est disponible dans 7500 communes

(sur environ 30 000), c'est donc une grande partie du territoire, plus dans

les villes que dans les communes rurales.

 

- par le réseau des opérateurs alternatifs

 

Des opérateurs privés ont investi sur les zones dites « rentables », c'est à

dire les grandes villes. Ils peuvent fournir en direct de la fibre optique

aux entreprises situées à proximité. Dans ce cas, le marché est assez captif

car pour passer à la concurrence, le client doit généralement faire réaliser

une seconde adduction. Les opérateurs peuvent ouvrir leur réseau à d'autres

opérateurs concurrents, ou non, suivant leurs accords commerciaux. Ils n'y

sont pas tenus par la réglementation. Certains opérateurs sont en difficulté

financière, et ne sont pas en mesure d'investir dans une nouvelle

infrastructure.

 

- par les réseaux publics

 

On a vu apparaître une nouvelle forme d'acteurs depuis quelques années : les

réseaux ouverts d'initiative publique. Il s'agit généralement de

collectivités qui estimaient que l'offre en haut débit ou très haut débit

sur leur territoire n'était pas suffisante, et qui ont investi dans la

construction de leur infrastructure. Ces projets sont souvent construits en

partenariat avec un acteur privé, dans le cadre notamment de délégation de

service public, comme pour les réseaux d'eau par exemple. Ces acteurs privés

sont généralement des entreprises de travaux publics, ou des opérateurs

eux-mêmes.

 

Un principe fondateur de ces réseaux est la neutralité ; c'est à dire qu'ils

sont ouverts à tous les opérateurs. Lorsqu'un client souscrit via un

opérateur, celui-ci sous-traite le raccordement à la délégation de service

public. Au terme du contrat, le client peut changer d'opérateur et conserver

son raccordement.

 

Une quarantaine de départements sont équipés avec des infrastructures de

fibre optique d'initiative publique. L'investissement a été de 3 milliards

d'euros, dont 50% proviennent de subventions publiques. Les collectivités

qui ont fait le pas sont souvent des départements ruraux, mais pas toujours.

 

 

 

L'offre des réseaux d'initiative publique permet souvent aux opérateurs

d'équiper les entreprises avec des conditions favorables, même si les tarifs

de raccordement pratiqués par les délégataires sont parfois opaques et

mériteraient d'être mieux encadrés par les pouvoirs publics. En effet, les

intérêts des actionnaires des délégataires, entreprises de travaux publics

ou opérateurs privés, sont parfois en contradiction avec les missions de

service public. C'est le rôle du délégant de faire respecter le contrat de

concession.

 

Ceci dit, la présence des réseaux publics est un vrai succès dans de

nombreux cas. Ces réseaux permettent à des territoires d'être plus

attractifs pour les entreprises. Les zones d'activité en périphérie des

villes sont souvent loin des centraux téléphoniques, et ont une mauvaise

éligibilité en ADSL ou SDSL (le grand frère de l'ADSL, qui a l'avantage de

proposer un débit garanti et d'être réalisable sur plusieurs paires de

cuivre). La fibre résout donc la fracture numérique pour les entreprises, et

remet dans la course des zones isolées. La rentabilité de ces réseaux n'est

pas immédiate, elle se fait sur le long terme, et elle se calcule plus en

termes d'emplois qu'en termes de bénéfices sur l'activité de

télécommunication.

 

 

 

 

Et la fibre pour les particuliers ?

 

Aujourd'hui, l'Internet pour les particuliers est dominé par l'ADSL. Nous

allons atteindre les 20 millions d'abonnés ADSL en 2010, ce qui est un vrai

succès en 10 ans. C'est l'offre de contenu qui a séduit les français :

Internet + téléphone + télévision. Pourtant, celle-ci n'est pas encore

accessible à tous ! 500 000 lignes téléphoniques ne sont toujours pas

éligibles à l'ADSL ; ce sont les fameuses zones blanches. Par ailleurs, une

grande partie des abonnés ADSL ne peuvent pas bénéficier du « triple play ».

 

C'est ici que continue le malentendu : la fibre optique ne va pas être

proposée aux habitants des  « zones blanches ». Les opérateurs privés ont

annoncé le déploiement de quelques milliers de prises … dans les grandes

villes. Dans le cadre des réseaux d'initiative publique, la fibre parcourt

la campagne, mais raccorde les centraux téléphoniques afin d'inciter les

opérateurs alternatifs à les dégrouper et à proposer une offre plus étendue

aux habitants. Ces fibres peuvent être utilisées par des entreprises, qui

vont payer le raccordement jusqu'au réseau : en moyenne 5000 €. Il n'est pas

prévu de fibrer les particuliers, pour des raisons de coût !

 

Dans une zone dense, le raccordement d'un particulier peut coûter entre 200

et 500 € ; les opérateurs privés peuvent faire le pari industriel d'équiper

des immeubles, et d'obtenir des clients qui vont rentabiliser cet

investissement sur une durée acceptable.

Dans les zones non denses, les coûts sont bien plus élevés. On peut calculer

que le raccordement de la France coûte 30 milliards d'euros, soit 1000 € par

prise en moyenne. Cela signifie des coûts entre 1000 et 5000 € pour les

zones rurales.

 

L'idée du gouvernement est de segmenter les zones « non denses » en deux :

les zones intermédiaires et les zones rurales. Dans les zones rurales, la

fibre ne sera pas installée chez les particuliers. Une offre de très haut

débit par satellite touchera 750 000 foyers. Dans les zones intermédiaires,

l'Etat souhaite aider les opérateurs privés à créer une infrastructure, soit

par la création d'un opérateur public ; soit par des appels à projets qui

constitueraient des monopoles locaux.

 

Comment la fracture numérique sera-t-elle comblée ? On peut voir que le

Gouvernement insiste sur le fait qu'il n'y a pas que la fibre : il y a aussi

le satellite, l'Internet mobile de nouvelle génération. Il y a aussi la «

montée en débit », c'est à dire le fibrage des sous-répartiteurs

téléphoniques, qui permet à plus de communes rurales d'avoir l'ADSL. Les

collectivités peuvent avoir leur rôle à jouer dans ce type de projet.

 

Le FTTH aujourd'hui

 

La fibre pour les particuliers (FTTH) n'a pas encore démarré. En décembre

2009, 50 000 français sont clients FTTH (fibre à la maison), soit moins de

0,25% du marché ; et ils sont tous en ville. S'y ajoutent les offres de

Numéricable qui sont mixtes fibre + câble, avec 180 000 abonnés. L'intérêt

principal du FTTH est la télévision HD ; d'ailleurs les magasins

d'électronique vendent les boxs fibre au rayon télé ...

 

Certes, les usages vont être inventés, et le parc va progresser, car les

opérateurs investissent – et l'Etat aussi désormais. Par ailleurs, les

réseaux publics en FTTH apparaissent. La ville de Pau est fibrée depuis 2005

; le département des hauts de Seine avec 830 000 prises à terme est un

projet emblématique d'une zone dense à fort potentiel.

 

 

 

 

La loi de modernisation de l'économie de 2008 prévoit un principe de

mutualisation de la partie terminale des réseaux de FTTH. Les modalités de

cette loi sont encore en discussion à l'ARCEP, mais une décision est en

passe d'être prise : 4 fibres devraient être tirées ; utilisables par les 4

gros opérateurs du marché … ce qui exclut les « petits » opérateurs de

service. C'est la même idée que pour la téléphonie mobile : la concurrence,

c'est un monopole de plusieurs opérateurs dominants. Ce n'est pas une

réglementation de ce type qui a permis l'innovation dans le marché de l'ADSL

et donc son explosion.

 

L'évolution du marché actuel, la réglementation, et les modalités à venir du

Grand Emprunt nous incitent à penser que le marché FTTH sera partagé entre

les gros opérateurs. Il se limitera essentiellement aux zones « rentables »

ou aux zones « intermédiaires » subventionnées.

 

2 milliards pour quoi ?

 

2 milliards pour la fibre, c'est une opportunité pour la France. Pour nous,

la priorité est de finaliser le maillage « horizontal » du territoire,

notamment en soutenant les projets des collectivités. C'est une

infrastructure qui servira de base à tout le reste : raccordement des

entreprises, Internet mobile (car il faut fibrer les antennes relais …),

montée en débit de l'ADSL sur les sous-répartiteurs, et FTTH à terme. C'est

aussi une garantie de neutralité vis à vis des fournisseurs d'accès

Internet, ce qui permettra à des acteurs innovants de percer, comme nous

l'avons vu sur le marché de l'ADSL.

 

Nicolas Aubé, Président de CELESTE

 

 

 

A propos de CELESTE

CELESTE est fournisseur de solutions haut débit et haute disponibilité pour

les entreprises partout en France. CELESTE propose des services d'accès à

Internet, de VPN, de téléphonie sur IP et d’hébergement, reposant sur des

connexions garanties et sécurisées en fibre optique ou SDSL. Innovation et

service : plus de 1000 entreprises ont choisi CELESTE.

Plus d’information sur www.celeste.fr – Tel : 01 70 17 60 20

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Written by :
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