Kenji Misumi
- In Biographies
- Mis à jour le 17 juillet 2007
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Né en 1921, d’une liaison adultère, Kenji Misumi grandit sous la tutelle financière d’un père commerçant qui ne le reconnaîtra jamais. Destiné par ce père à des études de commerce, il s’y oppose, car il préfère déjà la littérature et la peinture. Son père lui coupe alors les vivres.
En 1939, alors serveur au restaurant de sa tante, il rencontre Kan Kikuchi, un ponte de l’édition. Ce dernier le recommande à la Nikkatsu, où il devient assistant réalisateur. Il y apprend le métier, avec des réalisateurs souvent spécialisés dans le film de sabre et d’époque. Après la guerre, où il fut fait prisonnier par l’armée soviétique et envoyé dans un camp en Sibérie jusqu’en 1948, il revient au Japon visiblement marqué par cette expérience. Il est embauché en tant qu’assistant réalisateur par la Daiei, société née de la fusion, pendant la guerre, de la Nikkatsu, la Daito et la Shinko Kinema. Il continue de faire discrètement ses armes, acquiert des compétences en montage et dans le storyboard, puis est enfin promu réalisateur en 1954.
Cinéaste de studio, il réalise les films que la Daiei lui commande. Ainsi, il commence par réaliser le dernier épisode d’une trilogie intitulée Sazen Tangé. Des débuts plutôt encourageants, puisque malgré les critiques de la presse, le public ne le boude pas. Sept ans et vingt-cinq films plus tard, Misumi est confronté à un véritable défi : réaliser La vie de Bouddha, une superproduction qui aurait coulé la Daiei si elle n’avait pas marché. Au contraire, le film sauve la Daiei de la faillite, engrangeant les meilleures recettes de l’année.
Mais Misumi est surtout connu pour ses chambara. C’est en 1962 qu’il réalise ses deux premiers grands films de sabre : La Légende de Zatoïchi, le masseur aveugle et Kiru (Tuer). Le premier marque le début d’une longue série de vingt-six films, dont il tournera six épisodes. Le principe est simple : un masseur aveugle, yakusa itinérant, joueur invétéré et bretteur hors pair, parcourt le Japon et se retrouve dans chaque film mêlé à des affaires de yakuzas, de mauvais seigneurs, d’assassins, d’espions, etc. Toujours prêt à défendre la veuve et l’orphelin, à punir les yakusas qui ne respectent pas le code de l’honneur, et à se moquer des travers des « voyants », cet aveugle atypique constitue une réserve inépuisable de sujets pour amateurs de films de sabre. Kiru, en revanche, est le premier film d’une trilogie au discours ambigu vis à vis du bushido (la voie du guerrier). Tournée entre les deux premiers Zatoïchi de Misumi (soit le premier et le huitième de la série), cette « Trilogie du sabre » est composée de deux chambara d’époque, mettant en scène des héros coupés de leurs origines et pervertis par la nature du sabre. Le sabre n’est plus l’attribut du héros noble et droit, mais un instrument de destruction et de mort. Entre ces deux chambara, Le Sabre, inspiré d’une nouvelle du célèbre écrivain nationaliste Yukio Mishima. Très marqué par les valeurs du bushido, ce dernier a prôné dans toute son œuvre un retour à ces valeurs traditionnelles. Le héros du Sabre est un double de Mishima : adepte de kendo, il est incompris par ses camarades pour qui toute la morale attachée à cet art martial n’a plus cours de nos jours. Le film est cette fois clairement du côté de ce héros à contre-courant, affirmant sa droiture jusqu’au sacrifice ultime. Avec sa Trilogie du sabre, Misumi montre deux points de vue opposés sur le bushido, sans vraiment faire de choix : voie de mort et de destruction, ou voie de droiture et d’accomplissement, telle est l’éternelle question que pose notre époque démocratique d’égalité et de paix civile face à ce symbole de l’élitisme féodal qu’est la voie du samouraï.
Après ces trois films, Misumi signe encore quelques épisodes pour la série Zatoïchi, parmi d’autres films commandés par la Daiei. En 1971, celle-ci fait faillite. Shintaro Katsu, l’infatigable acteur, producteur et à l’occasion scénariste de Zatoïchi, engage alors Misumi pour une nouvelle série, plus violente et plus délirante que n’importe quel épisode des aventures du masseur aveugle. La série est cette fois inspirée d’un manga de Kazuo Koike : Babycart, ou Le Loup solitaire à l’enfant. Ogami Itto, bourreau du shogun, est victime du complot des Yagyu qui veulent sa place. Sa femme meurt, et il fuit avec son fils (et un landau truffé d’armes) sur les routes du Japon, bien décidé à se venger. Kenji Misumi réalisera quatre des six épisodes que comprend la série : les trois premiers et le cinquième, qui sort en 1973. Cette série, qui fait date dans l’histoire du film de sabre, dans un registre un peu différent de celle des Zatoïchi, marque la fin de la carrière de Misumi, devenu l’un des plus grands réalisateurs de films de sabre que le Japon ait connu. Après un ultime film, il rend les armes en 1974.





