Samouraï sans honneur - Hideo Gosha
- In DVD Films
- Mis à jour le 02 Décembre 2005
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Héros d’une série encore plus prolifique que Zatoïchi, Sazen Tange est un ronin borgne et manchot, dont les aventures auront un tel succès que les Chinois s’en inspireront pour créer leur propre sabreur manchot. Simple feuilleton dans un journal en 1926, Sazen envahit le grand écran deux ans plus tard avec pas moins de huit films en un an. Hideo Gosha, futur auteur de l’excellent Goyokin, reprend le personnage mythique pour un sanglant retour aux sources.
Samanosuke, la plus fine lame de son clan, est désigné pour tuer un espion, qui n’est autre que son meilleur ami. Trahi par ses supérieurs, il perd un œil et son bras droit dans l’opération. Laissé pour mort, Samanosuke devient Sazen Tange, ronin "monstrueux" obéissant à sa propre morale. Un jour, une jarre que tout le monde semble se disputer lui tombe entre les mains. Intrigué, il décide de la garder envers et contre tous (le clan Yagyu, des espions du gouvernement, un couple de voleurs ratés et un gamin se relaient pour essayer de la lui reprendre) pour en découvrir le secret.
Le héros est donc particulièrement atypique, bien que certains de ses traits rappellent le Yojimbo de Kurosawa: Sazen observe, joue avec tous ces personnages qui se battent pour la possession de l’urne, sans se soucier des morts innocentes que son attitude pourrait occasionner. Monstre magnifique dans son kimono blanc immaculé, le borgne semble ne vivre que pour lui-même, à l’opposé d’un Zatoïchi ou d’un Sanjuro qui se rapprochent plus de l’icône du justicier solitaire. A côté du jeune Yagyu prêt à se faire seppuku quand tout espoir paraît définitivement perdu, Sazen a vraiment du mal à passer pour un héros. Comme Kihachi Okamoto, Hideo Gosha est un de ces iconoclastes qui ont bien plus de mépris que d’admiration pour les samouraï. C’est pourquoi son Sazen Tange est si éloigné de ce genre d’héroïsme, comme l’était le personnage de Nakadaï dans Kill.
Les convoitises excitées par l’urne, qui ne vaut rien en soi mais indiquerait l’emplacement d’un trésor d’un million de pièces d’or, permettent au réalisateur de jouer sur deux registres à la fois, le grave et le comique. Si les Yagyu ont absolument besoin de l’urne pour sauver leur clan, le voleur et sa sœur se demandent peu à peu si le jeu en vaut la chandelle, tandis que le gamin s’en désintéresse rapidement, préférant insister auprès de Sazen pour qu’il lui apprenne à manier le sabre. Les relations du manchot borgne avec les différents personnages donnent ainsi lieu selon les cas à des scènes drôles, émouvantes ou dramatiques. Gosha va même jusqu’à rendre cocasse une scène d’action particulièrement meurtrière: alors que les Yagyu sont attaqués par ce qu’ils pensent être des espions du gouvernement, la jarre va passer de mains en mains au cours d’un plan-séquence travelling à la limite du cartoon, où les samouraï tombent les uns après les autres comme des mouches, essayant de faire avancer la jarre de quelques mètres avant de se la faire voler par un adversaire.
Fidèle à sa marque de fabrique, Hideo Gosha signe avec ce Samouraï sans honneur un chambara crépusculaire où le véritable héroïsme consiste à savoir survivre seul dans un monde hostile, et non à respecter un code d’honneur qui n’a de toute façon jamais vraiment eu cours. Avec sa morale très personnelle et sa façon un peu légère de jouer avec la vie des gens, Sazen Tange est un héros particulièrement déroutant et imprévisible, qui ne nous est que rarement rendu sympathique. Avec son héros longtemps indéchiffrable et ses personnages secondaires attachants, ce chambara sombre et relativement original sur la corruption et l’injustice du pouvoir féodal pose les bases des deux futurs chefs d’œuvre de son auteur, Goyokin et Tenchu.
HK Vidéo / Metropolitan / Seven 7, 20€ seul, 50€ pour le coffret 4 films Hideo Gosha vol. 1: Ronins et Yakuza, contenant les deux Samurai wolf, Samouraï sans honneur et Quartier violent.
Bonus:
- Bandes-annonces de l’éditeur.
Image: DVD9 – Format 2.35 – 16/9 compatible 4/3.
Langues: japonais mono, sous-titres français.
Durée du film: 87 mn.





