Zatoïchi, Le Shogun de lombre
- In DVD Films
- Mis à jour le 06 Avril 2005
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Zatoïchi est une série de vingt-six films, inspirée d’une nouvelle de Kan Shimozawa sur un masseur aveugle dont le talent caché est une grande habileté à l’escrime. Comme ils sont tous indépendants les uns des autres, il est tout à fait possible de prendre la série en cours de route.Si Takeshi Kitano a récemment livré sa propre version du personnage, la série originale est née dans les années soixante, de la collaboration entre Shintaro Katsu, l’acteur principal qui sera de tous les épisodes, et Kenji Misumi, réalisateur des meilleurs films de la série. Tous deux se retrouvent encore une fois pour ce vingt-et-unième épisode, le dernier de Misumi avant qu’il ne se mette à tourner une autre série : Babycart.
Le Shogun de l’ombre marque donc les adieux à la série de son principal réalisateur. Des adieux en beauté, puisque cet épisode est probablement le meilleur de tous. Grâce au travail de restauration de Wild Side, l’image est parfaite, comme si le film avait été tourné hier. Heureusement, car la photographie est véritablement superbe : jeux de lumière, forêts et champs verts, ambiance parfois western, panoramiques audacieux… La réalisation mélange habilement les scènes de délire (beuveries, bains publics avec musique jazzy et combats nus, scène de ménage au bord d’une route, etc), les face-à-face typiques du western, et la violence, voire la cruauté, des chambara (films de sabre) crépuculaires, faisant de cet épisode l’un des plus aboutis.
Jouant encore plus que jamais sur son principe de héros aveugle, Misumi filme des sons, plutôt que des images, et fait preuve d’inventivité dans les combats : ainsi Zatoïchi devient, le temps d’un massacre, invisible, se déplaçant d’ombre en ombre, et tuant en silence des soldats qui tombent comme des mouches. Par rapport à certains épisodes, celui-ci fait d’ailleurs la part belle aux combats, qu’ils soient loufoques ou académiques. Entièrement fondé sur une alternance entre tension et comédie, le film évite tout temps mort. Dans Le Shogun de l’ombre, le rire est efficace car il surgit toujours de nulle part, au moment où l’on ne s’y attend pas.
Pour assurer un tel rythme, Shintaro Katsu, qui est également le scénariste du film, a développé quelques intrigues secondaires : en plus de l’affrontement entre Zatoïchi et son alter ego, ce shogun de l’ombre, un yakuza aveugle à la tête de tous les yakusas, le masseur aveugle va faire l’éducation d’un jeune homme efféminé et amoureux de lui, être séduit par deux femmes envers lesquelles il se montrera un peu plus entreprenant que d’habitude, et devenir la cible d’un mari vengeur au regard halluciné et à la démarche lourde, brillamment interprété par Tatsuya Nakadai (Goyokin). Ce dernier ajoute une grande classe aux combats de cet épisode, puisqu’il retrouve le style violent et désabusé du tueur psychopathe qu’il interprétait dans Le Sabre du mal. Un rôle étrange, à la frontière entre délire et gravité, comme le film lui-même.
Kenji Misumi conclut donc en apothéose sa collaboration à la série Zatoïchi. Ses deux derniers épisodes, Les Tambours de la colère et ce Shogun de l’ombre, présentent un Zatoïchi plus sombre, plus violent que dans les films précédents, tout en développant le côté burlesque et comique. Ce mélange des registres permet à la série de gagner en profondeur. S’il s’apprête à verser plus ouvertement dans le délire avec Babycart, c’est peut-être grâce à cet équilibre qu’il trouve dans Le Shogun de l’ombre que Misumi réussit à atteindre un sommet dans cette série, qui aura marqué l’histoire du genre.
Bonus :
Si les autres Zatoïchi édités par Wild Side étaient accompagnés d’une présentation de Takashi Miike, le fameux réalisateur japonais de films provocants tels qu’Audition, Fudoh ou Ichi the killer, l’éditeur semble avoir abandonné ce bonus pour les deux derniers épisodes sortis (Le Shogun de l’ombre et Zatoïchi contre le sabreur manchot). L’acheteur n’y perd pas grand chose, ces présentations manquant généralement d’intérêt par rapport à ce qu’on peut trouver dans les livrets de ces éditions. Ne restent donc que le livret de Denis Brusseaux et Fabrice Ardini, et le poster signé Yoshitaka Amano. Malgré sa brièveté, le livret contient quelques réflexions intéressantes sur le film, et notamment sur la relation d’opposition entre Zatoïchi et le Shogun de l’ombre. Il présente également les filmographies de Shintaro Katsu et de Kenji Misumi. Quant au poster de Yoshitaka Amano, il s’agit comme toujours d’une belle illustration, exécutée par un artiste mondialement reconnu, notamment pour le livre The Sandman, co-signé avec Neil Gaiman (auteur de science-fiction), et pour son rôle de designer de personnages sur la série des Final Fantasy et sur Vampire Hunter D. Un bonus contesté par certains acheteurs, qui auraient préféré que les DVD de la collection soient vendus moins cher et sans les affiches. Wild Side a tenu bon ; libre à chacun de s’en réjouir ou de s’en plaindre.
MGM Home Entertainment / Wild Side Video, 21 euros





