Au-dessous du volcan - Malcolm Lowry
- In Livres Littérature étrangère
- Mis à jour le 16 juillet 2007
- By Sandrine Dereu
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Pourtant, cet anonymat qui entoure le nom de Malcom Lowry n'est pas le fait du hasard. Il se résume en un seul mot : hermétisme. Tel est en effet l'écueil dans lequel risque de sombrer tout lecteur mal averti.
Car, autant vous le dire tout de suite : quiconque hait la sensation de
devoir relire cinq fois le même paragraphe pour commencer à en comprendre le
sens trouvera assurément dans ce livre son meilleur ennemi. Juste à côté de
« Différence et répétition » de
Deleuze ou de l'œuvre complète de Nietzsche. L'écriture de Lowry, pour être
magistrale, n'en est pas moins si exigeante qu'elle s'apparente à de l'intransigeance.
La phrase à rallonge qui ouvre le 4e chapitre en offre une
illustration édifiante : « Allure trop lente pour paraître flâner,
lisant une toute dernière fois la dépêche (expédiée le matin même de la Oficina
Principal de la Compañía Telegráfica Mexicana Esq., San Juan de Latrán e
Independencia, México, D.F.), Hugh Firmin montait le chemin conduisant à la
demeure de son frère, la veste de ce dernier sur l'épaule, le bras engagé
presque jusqu'au coude à travers l'anse double de son petit sac gladstone, le
pistolet cognant doucement contre la cuisse dans son étui à carreaux : des
yeux, peut-être bien de la paille aussi, voilà ce qu'il faudrait avoir aux
pieds, réfléchit-il, en équilibre sur le bord d'un trou profond de la chaussée,
dans l'arrêt simultané de son cœur et du monde, du cheval figé dans son saut
par-dessus la haie, du plongeur dans son plongeon, du couperet qui tombe, du
pendu dans sa chute, de la balle de l'assassin et la fumée du canon suspendu à
mi-course en Espagne ou en Chine, du volant, du piston immobiles. »
Moralité ? Lecteurs passifs et bruits de fond s'abstenir ! Une idée que Maurice Nadeau résume très bien dans l'avant-propos : « Ce chef d'œuvre n'ouvre point ses portes à tous les vents. Il se présente comme un monde clos, hérissé de défenses et entouré de remparts. On n'y peut pénétrer qu'après plusieurs tentatives d'escalade et par effraction. » Affirmation indéniable. Tout autant que celle qui veut qu'il « existe une étrange confrérie : celle des amis de Malcom Lowry » et que « utilisé par certains comme un sésame, son nom est pour d'autres un test qui sépare facilement l'humanité en deux camps ».
Débrouiller quelques fils est indispensable avant de tenter de pénétrer son univers aussi luxuriant que labyrinthèsque.
L'intrigue
Tout entier inscrit dans le mysticisme kabbalistique du chiffre 12, improbable fil d'Ariane, ce roman en spirale nous conte en autant de chapitres à l'énonciation mystérieuse, le dernier jour de la vie de Geoffrey Firmin. Un consul en poste à Quauhnahuac et qui, tout imbibé d'alcool qu'il soit et quelque précaire que soit son statut à un moment de rupture diplomatique entre l'Angleterre et le Mexique, cherche à conserver sa dignité,.
Plus que sa vie, ce sont les méandres éthyliques de son esprit, la profondeur de ses blessures et le palpable de ses angoisses que le diplomate anglo-indien nous invite à venir toucher. L'énonciation suit le fil de sa pensée, à l'instar de ces quelques phrases : « ... Nuit : à nouveau le corps-à-corps nocturne avec la mort, les trépidations d'orchestre démoniaque dans la chambre, les lambeaux de sommeil terrifié, les voix dehors par la fenêtre, la venue de foules nouvelles imaginaires, scandant mon nom par moquerie, les clavecins du noir. Comme s'il n'y avait pas suffisamment de bruits réels au cœur de ces nuits couleur de cheveux gris. Pas comme le lancinant vacarme des cités américaines, ces bandages qu'on arrache à de grands géants angoissés. Mais le hurlement des chiens parias, les coqs annonçant l'aube à longueur de nuit, les plaintes, les cognements sourds qui s'avèrent être tassements de plumes blanches contre les fils télégraphiques au fond des jardins ou bien volaille perchée dans les pommiers, la douleur éternelle, jamais assoupie du Grand Mexique. »
La scansion haletante, bien loin d'une quelconque objectivité, mime les blessures enfouies d'un anti-héros qui, en ce jour funeste du 1er novembre 1938, vont se réveiller jusqu'à l'engloutir. Un jour des morts qui est justement celui que, un an jour pour jour (12 mois !) après son départ, Yvonne, son ex-femme, choisit pour des retrouvailles que Geoffrey n'est pas près à assumer.
Schéma on ne peut plus rebattu que cette histoire d'amour malheureuse. Topos littéraire bien connu. Et pourtant, dans ce motif romanesque classique, Malcom Lowry puise les ressources d'un roman qui semble renouer avec un univers magique oublié où les symboles prennent vie. A l'instar de ce précipice nommé Barracca et qui borde la vie du Consul comme le ronge en dedans un gouffre, qui finira par avoir raison de lui.
Sans oublier la galerie d'histoires et de personnages secondaires, qui crée tout un jeu de miroirs et d'échos on ne peut plus fascinants. Au point de faire de ce texte un univers complet, sphériquement clos mais à strates infinies. Un univers où l'on ne finit jamais de se replonger avec délectation une fois quelques portes franchies.
L'homme
Souffrant comme son personnage principal d'un mal insidieux nommé éthylisme, Malcom Lowry est mort dans l'anonymat le plus total en 1957. Si l'on a bien souvent tendance à cantonner son œuvre à « Au-dessus du volcan », sachez que d'autres textes sont disponibles dans ses œuvres complètes publiées aux éditions Livre de Poche, dans la très bonne collection « Classiques Modernes ».
Vous y trouverez romans, poèmes et nouvelles à couper le souffle.
Moralité ? Lecteurs passifs et bruits de fond s'abstenir ! Une idée que Maurice Nadeau résume très bien dans l'avant-propos : « Ce chef d'œuvre n'ouvre point ses portes à tous les vents. Il se présente comme un monde clos, hérissé de défenses et entouré de remparts. On n'y peut pénétrer qu'après plusieurs tentatives d'escalade et par effraction. » Affirmation indéniable. Tout autant que celle qui veut qu'il « existe une étrange confrérie : celle des amis de Malcom Lowry » et que « utilisé par certains comme un sésame, son nom est pour d'autres un test qui sépare facilement l'humanité en deux camps ».
Débrouiller quelques fils est indispensable avant de tenter de pénétrer son univers aussi luxuriant que labyrinthèsque.
L'intrigue
Tout entier inscrit dans le mysticisme kabbalistique du chiffre 12, improbable fil d'Ariane, ce roman en spirale nous conte en autant de chapitres à l'énonciation mystérieuse, le dernier jour de la vie de Geoffrey Firmin. Un consul en poste à Quauhnahuac et qui, tout imbibé d'alcool qu'il soit et quelque précaire que soit son statut à un moment de rupture diplomatique entre l'Angleterre et le Mexique, cherche à conserver sa dignité,.
Plus que sa vie, ce sont les méandres éthyliques de son esprit, la profondeur de ses blessures et le palpable de ses angoisses que le diplomate anglo-indien nous invite à venir toucher. L'énonciation suit le fil de sa pensée, à l'instar de ces quelques phrases : « ... Nuit : à nouveau le corps-à-corps nocturne avec la mort, les trépidations d'orchestre démoniaque dans la chambre, les lambeaux de sommeil terrifié, les voix dehors par la fenêtre, la venue de foules nouvelles imaginaires, scandant mon nom par moquerie, les clavecins du noir. Comme s'il n'y avait pas suffisamment de bruits réels au cœur de ces nuits couleur de cheveux gris. Pas comme le lancinant vacarme des cités américaines, ces bandages qu'on arrache à de grands géants angoissés. Mais le hurlement des chiens parias, les coqs annonçant l'aube à longueur de nuit, les plaintes, les cognements sourds qui s'avèrent être tassements de plumes blanches contre les fils télégraphiques au fond des jardins ou bien volaille perchée dans les pommiers, la douleur éternelle, jamais assoupie du Grand Mexique. »
La scansion haletante, bien loin d'une quelconque objectivité, mime les blessures enfouies d'un anti-héros qui, en ce jour funeste du 1er novembre 1938, vont se réveiller jusqu'à l'engloutir. Un jour des morts qui est justement celui que, un an jour pour jour (12 mois !) après son départ, Yvonne, son ex-femme, choisit pour des retrouvailles que Geoffrey n'est pas près à assumer.
Schéma on ne peut plus rebattu que cette histoire d'amour malheureuse. Topos littéraire bien connu. Et pourtant, dans ce motif romanesque classique, Malcom Lowry puise les ressources d'un roman qui semble renouer avec un univers magique oublié où les symboles prennent vie. A l'instar de ce précipice nommé Barracca et qui borde la vie du Consul comme le ronge en dedans un gouffre, qui finira par avoir raison de lui.
Sans oublier la galerie d'histoires et de personnages secondaires, qui crée tout un jeu de miroirs et d'échos on ne peut plus fascinants. Au point de faire de ce texte un univers complet, sphériquement clos mais à strates infinies. Un univers où l'on ne finit jamais de se replonger avec délectation une fois quelques portes franchies.
L'homme
Souffrant comme son personnage principal d'un mal insidieux nommé éthylisme, Malcom Lowry est mort dans l'anonymat le plus total en 1957. Si l'on a bien souvent tendance à cantonner son œuvre à « Au-dessus du volcan », sachez que d'autres textes sont disponibles dans ses œuvres complètes publiées aux éditions Livre de Poche, dans la très bonne collection « Classiques Modernes ».
Vous y trouverez romans, poèmes et nouvelles à couper le souffle.






votre résumé est suffisamment pertinent pour qu'on se donne la peine d'y pointer deux imprécisions :1. Yvonne, l'ex femme du consul , ne l'a pas quitté un an jour pour jour avant la date du 2 Novembre 1938, mais plutôt sans doute en décembre 1937 ; en revanche le premier chapitre, se déroule un an jour pour jour APRES cette date .
2. Il aurait été savoureux que ravin se fût traduit en espagnol par barraca, le texte y aurait gagné une ambiguïté supplémentaire ; en fait le mot est barranca .