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Musique pour cordes - Philippe Hersant

ImageÀ propos de la musique de Philippe Hersant, Henri Dutilleux a déclaré un jour : « Depuis que je l’ai découverte, elle m’a poursuivi par son intense pouvoir d’enchantement ». Toute la richesse de cette musique tient en effet à ces deux termes : intensité et enchantement. Derrière une apparence de simplicité et d’unité, cette œuvre recèle une grande puissance d’évocations, comme un ensemble d’images instantanées d’émotions pures, mises en scène aussi bien dans le conflit que dans l’harmonie.
Après avoir reçu nombre de prix et consécrations du monde de la musique classique, tel que celle de la « Meilleure création contemporaine » de la SACEM pour son premier Quattor à cordes, Philippe Hersant s’est vu décerné le titre de « Compositeur de l’Année » aux Victoires de la Musique de 2005. Cet éclectisme au niveau du public s’explique par la richesse de cet auteur qui se définit lui-même comme « un compositeur tonal prêt à faire sien tout l’héritage musical, de Monteverdi à Janacek et Stockhausen ».

À l’opposé de Schoenberg, Philippe Hersant ne rejette pas la tonalité classique, mais refuse par contre de considérer les formes classiques comme des modèles de proportions, qui seraient plus naturelles que d’autres.  C’est un maniériste, pour qui la musique est un artifice et non une imitation de la nature : c’est la perception d’un homme singulier qui doit imposer sa structure au sein d’une pièce musicale. Philippe Hersant s’intéresse avant tout à la personnalité que retranscrit une musique particulière. Il ne renie pas pour autant un véritable lien avec le passé en tant que souvenir, mais non pas en tant que modèle. Il manipule donc les citations avec décontraction : ici, Haydn, dans la pièce pour violoncelle et harpe, « Choral » ou encore Debussy dans ses « Onze caprices » pour deux violoncelles et pour deux violons. Ses références sont comme des souvenirs musicaux chargés d’émotions particulières qu’il met en place dans ses œuvres, comme un agencement labyrinthique, un assemblage d’éléments de l’ordre à la fois du souvenir et de l’unité imaginative. 

« Musiques pour cordes » est le résultat de cette grande richesse intellectuelle et d’une liberté totale que s’accorde le compositeur pour révéler sa personnalité singulière. Il y a, dans cet album, quelque chose de faussement gai, comme une fêlure qui renvoie à l’adolescence, à une douceur enfantine bouleversée par des questionnements violents, c’est un mélange de déceptions et d’enthousiasmes salvateurs. On trouve dans ce CD des utilisations très contemporaines de certains instruments, comme la harpe qui devient un outil « résonnant », ce qui donne un fondement quasi-matériel à une mélodie cristalline, comme une poésie funambule évoluant au-dessus d’un magma en ébullition.

 On notera encore la très élégante interprétation du violoncelliste Jacques Bernaert, directeur artistique de «l’Octuor de Violoncelles » (également présent dans cet album) qui a lui-même commandé à Philippe Hersant la Sonate pour violoncelle seul, en hommage à sa mère décédée. Construits sous la forme de dialogues à deux voix, les quatre morceaux de cette sonate font l’objet d’un traitement interprétatif délicat et respectueux, mais néanmoins très intense, comme un regard perçant, soutenu, et en même temps discret, presque lointain. La musique de Philippe Hersant nous est livrée en toute subtilité sans rien perdre de sa profondeur.

 Nul doute qu’ici encore, Philippe Hersant ait atteint son but, décrit par lui-même en ces termes « L’idéal, selon moi, serait de donner envie à l’auditeur que « ça ne s’arrête jamais », que l’ultime accord soit donc ressenti comme légèrement frustrant, mais que l’œuvre, une fois retournée au silence, continue d’émettre ses radiations. » (Propos recueillis par Jean-Marc Bardot, Cig’art Editions : Editions Jobert. 2003, accessibles sur le site officiel de Philippe Hersant)
Philippe Hersant, Musique pour cordes. Triton.

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