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Manca 2004 - Quand une église redonne chair à la voix

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Le festival Manca s'ouvrait ce jeudi par une soirée consacrée au répertoire vocal contemporain. Et l'acoustique solennel de ce lieu convenait maginifiquement aux murmures des voix. Trois œuvres profanes se retrouvaient ainsi gratifiées d'une aura toute religieuse. Et pourtant, cette bénédiction ne faisait que mettre en lumière la puissance charnelle du chant.
25ième Festival International des Musiques d'Aujourd'hui,  Manca 2004

Jeudi 4 novembre, Eglise Saint François de Paule, Nice

Salvatore Sciarrino : L'alibi della parole (1994),
François Paris : Drei Handspiele (2004),
Luciano Berio : A-Ronne (1975).

Neue Vocalsolisten Stuggart



Le Festival Manca s'ouvrait ce jeudi par une soirée consacrée au répertoire vocal contemporain. Et le choix du lieu, l'église d'une communauté dominicaine, n'était pas sans lien avec la réussite du concert. Les trois œuvres présentées ce soir-là étaient profanes, et pourtant l'atmosphère était lourdement chargée de religiosité.
A commencer par le discours introductif du prieur de la communauté qui vint s'adresser, vêtu d'une aube blanche empesée, à l'assemblée tétanisée par tant de pompe. Sur un ton qui avait tout du prêche. Le public commençait d'ailleurs à se demander s'il ne s'était pas trompé de trottoir (l'Opéra est en face). Il faut dire que se retrouver face à un prêtre ascétique, assis sur un banc de bois pénitent, dans une église fastueuse, cerné par des souvenirs d'encens et de cierges larmoyants, vous pose une atmosphère.

Mais tout ce décorum n'aurait été finalement qu'un folklore de plus ou moins bon goût s'il n'avait transfiguré la musique.

Car même si les apprêts aguicheurs de l'église catholique fardée de toute sa grandiloquence baroque prête le flanc aux ricanements, il faut avouer que la communion qui naquit ce jeudi entre un lieu et une musique fut splendide. Ce qui après tout n'est pas si étonnant quand on se souvient que la tradition vocale occidentale trouve sa source dans les églises, qui ont justement été conçues pour transcender  les voix qui s'élèvent sous leurs arches de pierre.

La première pièce de Salvatore Sciarrino, L'alibi della parole, très fine, débuta  par des souffles se répondant tour à tour. Ces murmures se voyaient dotés par l'acoustique ecclésiastique d'un très spirituel glacis virginal. Une pièce sobre avec de très beaux silences.

Drei Handspiele de  François Paris fut alors beaucoup moins convaincant. Peut-être à cause d'une impression de flottement dans les jeux de mains et de percussions. La citation rabachée « what a wonderful world » laissait même  une impression un peu pénible. Comme souvent, lorsque la musique savante cherche s'acoquiner avec sa cousine des bas quartiers, elle se fait tellement embobiner qu'elle en devient ridicule, avec ses habits endimanchés et ses airs inspirés.

A-ronne de Luciano Berio était beaucoup plus réussie. Une pièce très drôle, en particulier parce qu'elle était jouée par les chanteurs, qui s'échangeaient des regards, des mimiques, des roulements d'yeux qui détendaient singulièrement l'atmosphère d'un concert de musique contemporaine. Jeux des mots qui  se passent de chanteurs en chanteurs, phrases commencées dans une langue et finie dans une autre, bruits de bouche, répétitions, jeux sur l'espace (ce qui était d'ailleurs une constante des trois pièces), mouvements des chanteurs sur scène...

Mais cet humour n'empêchait pas des moments très recueillis,  de se glisser, avec des bouts de phrases qu'on jurerait tirées de la Bible, si seulement on l'avait lue (Am Anfang war das Wort). Une pièce avec une toute fin  particulièrement belle et délicate.

Curieusement, c'est donc dans une église que le timbre de la voix retrouvait  toute sa chair, toute sa nudité, simplement nimbé par la grâce d'une acoustique caressante. Une acoustique  qui convenait très bien aux passages chuchotés, dépouillés, mais qui avait tout de même tendance à se brouiller dès que la musique devenait plus frénétique. La maison de Dieu se prête sans doute mieux aux prières qu'aux transes.
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