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22Mai2012

la Factory

La langue de bois dont on fait les matraques

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Robert Post

ImageC'est l'histoire d'un petit chauffeur de taxi venu de Langevaag (Norvège). Il enchaînait les petits boulots afin de payer ses enregistrements en studio. En effet, depuis son plus jeune âge (8 ans), le "petit Robert" écrit, compose, interprète ses chansons aux influences pop-rock britannique (ses idoles de toujours étant les Beatles) et aspire à pouvoir un jour enregistrer son véritable premier disque.
Ce beau jour arriva au cours de l'année 2005, alors qu'il transportait dans son taxi un client anglais; il ne se doutait pas qu'il s'agissait là d'un directeur artistique du label Mercury. Tournait alors dans son autoradio une de ses maquettes, le titre Got None. Emballé par ce jeune talent, le directeur décida de le faire signer chez Mercury. C'est grâce à cette rencontre inespérée que Robert Post est parvenu à nous présenter début 2006, son premier opus éponyme, enregistré à Londres, qui enchantera inévitablement les amateurs de bonne musique tout comme les puristes de la pop...

Dès la première note, on entre dans son univers bigarré, une magie musicale s'opère et se maintient tout au long de l'album. Les chansons sont harmonieuses, mélodiques, bercées ici et là par une guitare électrique ou acoustique, ainsi que par des cordes telles que le piano, les violons, la harpe...Le rapport mélodie/texte est d'une évidence si troublante qu'on en arrive à se demander s'il est bien question d'un tout premier album. Techniquement et émotionnellement, Robert Post frise la perfection : sa voix, conjuguée dans certaines chansons de choeurs féminins, se révèle attirante, veloutée, d'une douceur quasi-angélique, mais ne nous y méprenons pas, Monsieur Post peut la nuancer, et passer des murmures aux cris de désespoir, des graves aux aigus, tout cela, avec une justesse de voix irréprochable. Dans son chant, les mots scintillent dans toute leur pureté phonétique, mais il est connu que le nordique, en l'occurence le norvégien, prononce un anglais presque aussi limpide que le britannique lui-même.

Ses musiques incarnent donc tout à fait ses textes poétiques, aux thèmes variés: L'amour et ses déceptions, comme dans Got None (qui, en passant, aurait mérité meilleure publicité que celle d'une marque de crème glacée) ou High Tide... Sujet classique, usé, me direz-vous? Mais, que nenni, dans cette chanson ne figure aucune niaiserie, aucun poncif, d'ailleurs le terme "I love you" n'est jamais présent...Le musicien est plutôt versatile, vacille entre déception et espoir, passe de la candeur et de la vulnérabilité touchante au scepticisme et à l'incrédulité déchirante, ceci se retrouve dans l'alternance de tonalités mineures et majeures, et tout cela parfois même dans le cadre d'une seule et même chanson.

Autre thème abordé, la critique de la société dans laquelle il se sent offensé, dépendant, et qui le pousse à rechercher le bonheur dans le fait d'obtenir toujours et encore plus (More & More), alors qu'il préférerait s'affranchir de toutes ces oppressions...Il évoque son désir de liberté qui réside pour lui uniquement dans l'évasion (Big Boat, Far Away From This Town, ou Ocean & A Tear au poétique titre oxymorique), et cherche à se retrouver, en vain (New Born)...Cette nostalgie de lui-même, ce mal-être s'exprime dans Everything Is Fine et se traduit dans une mélodie d'une infinie tristesse, servie par une voix d'une incroyable émotion, à l'instar de Come Home.

Mais quand bien même certaines chansons seraient synonymes de détresse et de tourments (Silence Makes Him Sick), d'autres sont finalement porteuses d'espérance (la ballade vivifiante There's One Thing, Always A Reason).

Robert Post nous livre une oeuvre intimiste, vraie, et de qualité. D'aucuns ont pensé que musicalement et vocalement, il nous rappelait Paul McCartney et son dernier album (Chaos And Creation In The Backyard, 9 Sept 2005, Parlophone/EMI ). Au niveau de la performance vocale, c'est assez justifié, mais n'omettons pas de rectifier qu'il pourrait devenir le digne héritier de Macca à la condition que ses futurs albums demeurent à la hauteur de son talent, encore un brin novice, qu'il progresse continuellement dans sa recherche musicale, tout en gardant toujours sa grande sincérité...Cependant on ne peut rêver meilleur début...
Robert Post, 23 Jan 2006, Universal/Mercury

 

 

 

 

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