Ys - Joanna Newsom
- In Musique Pop-Rock
- Mis à jour le 11 Février 2007
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Nouveau prodige de ce courant légèrement hippie, la jeune chanteuse,
âgée de 25 ans, a marqué les critiques par sa voix décalée, parfois
dérangeante – mêlant la puissance de Björk au lyrisme de Cocorosie.
Présentant elle-même son nouvel album comme celui qu’elle aurait voulu
écouter, elle revient aujourd’hui avec Ys, ovni musical à l’harmonie
étrange et aux assemblages dissonants…Pleine d’une naïveté malicieuse,
la voix de Joanna Newsom nous emmène à la manière d’une Alice au Pays
des Merveilles dans un univers exotique et bohême, peuplé d’un
bestiaire fantastique. Les singes y conversent avec les ours, le mythe
de Sisyphe fait une apparition (Only Skin ), l’emploi du violon évoque
les vieux Walt Disney, le nom Ys renvoie à une ancienne légende celte :
des inspirations qui l’ont précédé à l’imaginaire qu’il dessine,
l’album tout entier trace les contours d’un monde merveilleux, situé à
la frontière des mythologies collectives et personnelles.
Derrière ces influences diverses, l’album laisse la voie libre à de
très belles surprises, propres aux choix de la composition. Priorité
est donnée à la harpe, instrument de formation de Joanna Newsom. La
voix un peu criarde, en tous cas criante, de l’interprète, associée aux
sonorités épurées de l’instrument, révèle néanmoins toute la virtuosité
de l’artiste dans un parfait duo où l’émotion surgit perpétuellement. Singulier
ou en chœur, le chant reproduit les vibrations insolites de chaque
instrument, ici la harpe, là le clavecin, parfois relayés la guitare
folk ou encore la clarinette… et, en pointes d’humours, des touches de
guimbarde ou d’accordéon. Des sonorités inaccoutumées qui donnent
l’impression que Joanna Newsom a composé son album comme on s’amuse
dans un vieux grenier, cherchant à susciter par ses différentes
expérimentations un voyage baroque et décalé. Une expérience dans
laquelle chaque morceau fait étape, racontant jusqu’au bout ( parfois
sur des plages de 17 minutes ! ) sa propre histoire.Ys s’écoute d’ailleurs comme un beau livre se laisse lire ; premier chapitre, Emily : chant mélancolique adressé à un personnage onirique, dans une ambiance surréelle ; deuxième chapitre, Monkey & Bears
: deux animaux, symbole d’asservissement, font résonner leur quête de
liberté… et ainsi de suite, dans tout l’album, tandis que la voix
parfois intrusive de Joanna Newsom se met en scène comme sur un
théâtre. Devenant tour à tour voix de l’artiste, de l’animal, du jeune
homme, en bref, de tous ceux qui prennent successivement la parole,
elle change de ton comme de personnage, s’élance puis se brise,
lorsqu’un chant d’espoir est confronté à la cruauté du réel.
Malgré le pari original sur lequel tout l'album repose ( ou grâce à lui ? ), Joanna Newsom a su tirer de la bigarrure même de Ys une beauté bien particulière; elle propose ainsi à son auditeur plus qu'un album : une véritable expérience. La petite Californienne confirme avec cette deuxième création qu'elle a la trempe des plus grands de la folk, mais encore bien plus : qu'elle porte en elle les voies de renouvellement du genre.
Drag City, Novembre 2006. Ys - Joanna Newsom




