Conversation sur l’asphalte... Deux mendiants au profil atypique tiennent salon sur un coin de trottoir. Ils ne se connaissent pas... du moins en apparence et pourtant ils sont bien plus liés qu’ils ne le croient...
Faire la manche devient plus tactique qu’il n’y paraît et chacun va
révéler son jeu à l’autre au fil de la pièce. Derrière les
faux-semblants se cachent leurs vraies natures car « c’est vu d’en bas
qu’on saisit vraiment à qui vous avez affaire ».
Le comique d’une situation de surdiplômés se retrouvant à la rue chargés d’un savoir qui finit par les handicaper et le jeu des apparences qui s’emmêlent à travers les révélations voilées et les confidences sincères forgent la base de la pièce. Le thème tourne autour des difficultés de communication entre deux individus, qui finissent par se découvrir via leur position provisoire d’exclus. Plus près du sol la perspective change, comme les a priori et les certitudes...
Poker menteur
Alors comme ça, on tente d'imiter "En attendant Godot", hein ? ... pourrait se dire un blasé parisianiste soi-disant découvreur de jeunes talents : pensez donc, deux mendiants sur scène (femelle et mâle, les mendiants), une unité de temps dans un non-lieu (un mur, un trottoir, un sol), rapprochement facile !
Pourtant, foin de tout cela : ici pas d'absurde, mais au contraire un jeu de masques subtil où les 2 protagonistes vont payer pour voir, comme au poker donc, avant d'abattre au final leurs cartes... Comme de juste, la femme gagnera en ayant triché, ceci dit l'homme l'aura bien cherché : et mention spéciale aux acteurs qui se complètent admirablement, rendant leur affrontement si savoureux. La mise en scène est sobre, mais il y a LA bonne idée : des incursions dans l'esprit des personnages, sous forme d'apartés avec le public, qui rythment la pièce tout en ménageant suspens et récit. Car si, comme chez Beckett, l'utilisation de mendiants comme personnages est en fait une excuse pour parler d'autre chose, ce n'est pas une excuse gratuite : on ne peut reprocher à Ange Lise de ne pas s'attarder sur la condition de SDF, tant son propos justement serait plutôt nos fantasmes sur ce que sont clochards et autres routards, ou bien les relations homme-femme dans nos sociétés, ou encore l'hypocrisie des employés du secteur tertiaire. Avec humour bien entendu, car tout le monde en prend pour son grade, et on se retrouve "plus près du sol" à force de rire - à voir, donc !
Plus Près Du Sol
de Ange Lise
Mise en scène de Georges Ghika
Scénographie de Katia Espiand
avec Katia Espiand et Geoffrey Vigier
théâtre Aire Falguière
Jusqu'au 15 octobre 2006 : du mercredi au vendredi à 19 h, samedi à 20 h 30, dimanche à 15 h 30
Contact 01 56 58 02 32
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