Ys - Joanna Newsom
Après The Milk Eyed Mender, premier album à révéler la très spéciale Joanna Newsom, l’étrange harmonie de YS ne parle pas d’elle-même à l’oreille du novice. Peut-être parce que, comme elle le dit elle-même, Joanna Newsom a composé ici la musique qu’elle voudrait écouter ? Toute la composition de YS repose sur un pari original : faire de son album une sorte de beau livre, dans lequel chaque chanson raconterait sa propre histoire, jusqu’au bout. A commencer par la structure : cinq longs titres, entre 7 et 17 minutes, qui surprennent par leur composition. Les mélodies et les rythmes alternent sans logique apparente, un refrain devance un couplet, ou vice et versa, déboussolant l’auditeur pour mieux le perdre dans l’univers de chaque chanson.
Le choix des instruments, lui aussi d’emblée un peu rebutant, réserve de belles surprises : priorité est donnée à la harpe, instrument de formation de la chanteuse. La voix un peu criarde, en tous cas criante, de Joanna Newsom, associée aux sonorités épurées de l’instrument, révèle néanmoins toute la virtuosité de l’interprète dans un parfait duo où l’émotion surgit perpétuellement. Car c’est de cette voix, proche de celle de Björk - mais dont la spécificité n’est pas sans rappeler Devendra Banhart ou Anthony and the Jonhsons - , que YS tire sa beauté un peu dérangeante. Le chant, singulier ou en chœur, reproduit les vibrations insolites de la harpe, parfois relayée par le clavecin, ici une guimbarde, là l’accordéon, et par touches, la guitare folk ou encore la clarinette… Des sonorités inaccoutumées qui donnent l’impression que Joanna Newsom, dans la veine de Cocorosie, a composé son album comme on s’amuse dans un vieux grenier, cherchant à susciter par ces différentes expérimentations un voyage baroque et décalé, entre émotion pure et touches d’humour.
Quoi de plus normal pour cette Alice au Pays des Merveilles que de nous emmener dans un univers exotique et bohême, peuplé d’un bestiaire fantastique (on pense au titre Monkey & Bears) ? La fantaisie des textes et l’emploi du violon semblent inspirés d'un vieux Disney, les mélodies surgies de comptines médiévales. L’album tout entier trace les contours d’un monde merveilleux, tantôt romantique, tantôt un peu cruel, à la manière d’un conte populaire. Joanna Newsom confirme avec cet album bigarré, presque intrusif, qu’elle a la trempe des grands musiciens folk.
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