Discussion: Ys - Joanna Newsom
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Vieux 17/01/2007, 15h20
clémence clémence est déconnecté
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Par défaut Ys - Joanna Newsom (2e version)

Révélée au public par The Milk Eyed Mender, sorti en 2004, la Californienne Joanna Newsom s’inscrit dans la veine des auteurs-compositeurs-interprètes néo-folk, dont Devendra Banhart ou encore Andrew Bird tiennent depuis quelques années le haut du pavé. Nouveau prodige de ce courant légèrement hippie, la jeune chanteuse, âgée de 25 ans, a marqué les critiques par sa voix décalée, parfois dérangeante – mêlant la puissance de Björk au lyrisme de Cocorosie. Présentant elle-même son nouvel album comme celui qu’elle aurait voulu écouter, elle revient aujourd’hui avec Ys, ovni musical à l’harmonie étrange et aux assemblages dissonants…

Pleine d’une naïveté malicieuse, la voix de Joanna Newsom nous emmène à la manière d’une Alice au Pays des Merveilles dans un univers exotique et bohême, peuplé d’un bestiaire fantastique. Les singes y conversent avec les ours, le mythe de Sisyphe fait une apparition (Only Skin ), l’emploi du violon évoque les vieux Walt Disney, le nom Ys renvoie à une ancienne légende celte : des inspirations qui l’ont précédé à l’imaginaire qu’il dessine, l’album tout entier trace les contours d’un monde merveilleux, situé à la frontière des mythologies collectives et personnelles.
Derrière ces influences diverses, l’album laisse la voie libre à de très belles surprises, propres aux choix de la composition. Priorité est donnée à la harpe, instrument de formation de Joanna Newsom. La voix un peu criarde, en tous cas criante, de l’interprète, associée aux sonorités épurées de l’instrument, révèle néanmoins toute la virtuosité de l’artiste dans un parfait duo où l’émotion surgit perpétuellement. Singulier ou en chœur, le chant reproduit les vibrations insolites de chaque instrument, ici la harpe, là le clavecin, parfois relayés la guitare folk ou encore la clarinette… et, en pointes d’humours, des touches de guimbarde ou d’accordéon. Des sonorités inaccoutumées qui donnent l’impression que Joanna Newsom a composé son album comme on s’amuse dans un vieux grenier, cherchant à susciter par ses différentes expérimentations un voyage baroque et décalé. Une expérience dans laquelle chaque morceau fait étape, racontant jusqu’au bout ( parfois sur des plages de 17 minutes ! ) sa propre histoire. Ys s’écoute d’ailleurs comme un beau livre se laisse lire ; premier chapitre, Emily : chant mélancolique adressé à un personnage onirique, dans une ambiance surréelle ; deuxième chapitre, Monkey & Bears : deux animaux, symbole d’asservissement, font résonner leur quête de liberté… et ainsi de suite, dans tout l’album, tandis que la voix parfois intrusive de Joanna Newsom se met en scène comme sur un théâtre. Devenant tour à tour voix de l’artiste, de l’animal, du jeune homme, en bref, de tous ceux qui prennent successivement la parole, elle change de ton comme de personnage, s’élance puis se brise, lorsqu’un chant d’espoir est confronté à la cruauté du réel. Le résultat est une oeuvre à la structure déconcertante, certes, mais terriblement envoûtante.

Malgré le pari original sur lequel tout l’album repose ( ou grâce à lui ? ), Joanna Newsom a su tirer de la bigarrure même de Ys une beauté bien particulière. Elle propose ainsi à son auditeur bien plus qu’un album : une véritable expérience. La petite Californienne confirme avec cette deuxième création qu’elle a la trempe des plus grands de la folk, mais encore qu’elle porte en elle les voies de renouvellement du genre.
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