DVD La Vie d'O-Haru, femme galante
La Vie d’O-Haru, femme galante de Kenji Mizoguchi - 1952
La beauté d’une femme peut-elle inexorablement la guider vers une destinée tragique ? Le cinéaste japonais, Kenji Mizoguchi, peint le portrait d’une femme sous la forme d’un poème dramatique. Une réflexion profonde sur une existence de malheur et la destiné que peut prendre une vie.
Car la vie d’Oharu est une suite de drames : de sa jeunesse dorée à son expulsion de la cité à cause d’un amour impossible avec un homme de rang inférieur, elle devient la concubine d’un riche seigneur et est répudiée après lui avoir donné un fils. Oharu, reniée par son père, est vendue à une maison de geisha, puis devient servante chez un riche marchand avant d’être renvoyée pour avoir trahie un secret malgré elle. Elle devient alors femme galante pour terminer prostituée de bas-étage, puis mendiante. Après une tentative désespérée de voir son fils, devenu seigneur de haut rang, Oharu reste méprisée et erre seule.
Mizoguchi place le destin de Oharu sous le signe permanent de la privation de libre arbitre pour démontrer que seule une femme peut faire l’expérience extrême de la tragédie. Soumise aux regards des hommes et à leur ascension sur elle : Oharu se retrouve esclave du sexe fort : le père, le seigneur, le patron, l’amant, le client, le mari et le fils. C’est l’espoir d’une femme qui n’aspire qu’au bonheur et dont la vie est dictée par la loi des hommes de l’époque féodale. Les courts moments de joie sont réduits à néant par la cruauté qui déferle : la haine du père, l’enlèvement de son fils, la rivalité entre femme. Tout n’est que tragédie : la déchéance de cette femme vouée à une condition de vie exemplaire qui finit prostituée et mendiante, la mort de son mari et le désespoir de sa mère. Mizoguchi annonce dès le début le récit qui sera le sien : Oharu est assise dans un temple, abîmée et vieillie par la vie qui fût la sienne, elle songe à son histoire et se remémore son parcours.
Mizoguchi s’amuse avec le temps et les prédictions : les séquences sont formées comme des scénettes de théâtre où chaque obstacle est traité comme un drame et où le destin tragique de Oharu lui est annoncé par les personnages qu’elle rencontre (elle aide une vieille femme mendiante avant de le devenir à son tour, elle croise des prostituées avant de subir le même sort). Son destin est écrit : sa beauté aurait pu la sauver, mais la vie a décidé pour elle.
La mise en scène de Mizoguchi est riche et fluide : il laisse les actions se dérouler sous nos yeux, impassible spectateur d’un destin irréfutable. Le Japon des seigneurs et des pauvres est filmé avec la même grâce (cité impériale, bordel), le tout accompagné d’une musique jouant avec les sonorités (percussions) qui offre un aspect théâtrale aux séquences. Ce théâtre qui à juste titre est montré dans une séquence où l’on aperçoit les femmes danser, ainsi qu’un spectacle de marionnettes, reflète bien le propos du film : une femme prise au piège, tiraillée de tout côté pour avoir voulu aimer.
Le cinéaste laisse aux acteurs le temps d’évoluer dans les décors. Les actions ne sont jamais coupées au montage et les entrées et sorties de champs laissent un cadre vide, préposé à la méditation. Le dernier plan du film est d’ailleurs de toute beauté, puisqu’on voit Oharu sortir de l’écran et du monde. Elle nous laisse sur un décor de ville sans vie où l’espoir n’a plus d’avenir.
Le Dvd comprend une présentation du film par Noël Simsolo, qui analyse le contexte de la production et les enjeux et influences du film de Mizoguchi. Le chef-d’œuvre du cinéaste fût une œuvre de reconnaissance du cinéma japonais en Occident qui ouvrit de nombreux horizons aux cinéastes du pays du soleil levant.
DVD, Zone 2, PAL, Tous publics, Japonais Dolby Digital 2.0 Mono, Sous-titré Français, Format 4/3, Format cinéma respecté 1.33, film en noir et blanc.
Disponible à partir de 11,90€.
Cécile DUVAL
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