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Vieux 07/08/2006, 15h26
Tiphrène Tiphrène est déconnecté
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Le pouvoir.
Tout le monde en rêve. Tout le monde le désire.
Mais si vous l’aviez à portée de la main ?
Voudriez-vous vraiment le prendre ?
Et vous apporterait-il vraiment tout ce que vous désirez ?

C’est sur ces questions que Corbeyran, auteur de la saga de science-fiction Le Chant des Stryges, compose une fable moderne, lorgnant à la fois du côté du comics et du fantastique.
Dans ce premier tome de la trilogie, Dustin est un enfant qui, en plus d’être orphelin, souffre d’un étrange infirmité : il a deux mains gauches.
Battu par ses tuteurs qui ne veulent que toucher l’héritage de ses parents et maltraité par ses camarades de classe, Dustin n’en peut plus et veut s’échapper.
Il découvre un soir que sa deuxième main gauche a le pouvoir de changer tout objet en autre chose. Il fuit donc cette sinistre maison. Mais c’est pour entamer un long voyage initiatique semé d’embûches où il devra apprendre le prix d’un tel pouvoir…

Un parcours dans lequel il sera aidé par des gens aussi différents que lui, des difformés de la vie qui doivent se servir de leurs différences pour survivre. Il échoue un moment dans les bras de deux reclus de la société, Mimsy, la prostituée des beaux quartiers, et Tête-de-clou, une grosse brute à la tête aussi solide qu’un rocher.
Mimsy s’efforcera d’utiliser son corps et ses atouts pour le bien de Dustin et derrière son apparence de monstre, Tête-de-clou se servira de son don de forte tête pour aider Dustin à s’enfuir.
Dustin rencontre ainsi toute une galerie de freaks avec des femmes-serpents, des gnomes et des trolls tout droit échappés des films de Burton qui s’unissent pour se venger du monde qui les a conçu, et qui montrent surtout à Dustin quel usage ils peuvent faire de leur don.

Car à partir du simple postulat d’un gamin aux pouvoirs magiques, Corbeyran en tire une réflexion intelligente sur le pouvoir.
Tel Pinocchio qui s’enfuit pour devenir « un vrai petit garçon », Dustin est bientôt confronté à son Stromboli en la personne d’ Ordog Polok, un prestidigitateur qui veut profiter de son don pour se faire de l’argent.
Là où Dustin a réussi à se servir de son pouvoir pour se libérer de la prison de ses tuteurs, il est ensuite obligé de l’utiliser sous la torture d’Ordog pour mieux lui obéir et s’enfermer dans le piège de la soumission. Ce pouvoir est donc à la fois un don et une malédiction pour Dustin qui doit apprendre à faire les bons choix pour définir quel genre d’homme il veut être.

Un récit fantastique qui devient donc plus une fable sociale et moderne et qui emprunte d’ailleurs à différents genres pour argumenter son propos.
L’histoire de Dustin est à la fois un cruel conte de fée, une histoire de Walt Disney trempée dans un soupçon des Misérables de Hugo et aux senteurs de Dickens. Tout en traits anguleux et en couleurs noires, le dessin de Formosa rejoint plus cette dimension Dickensienne avec ces personnages cruels, qui ne sombrent jamais dans la caricature.

A travers le parcours de ce héros qui doit sans cesse remettre en cause ses choix et sa moralité, c’est finalement le poids de nos propres rêves et désirs que Double gauche interroge.
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