Afficher un message

  #1 (permalink)  
Vieux 11/09/2006, 09h22
Tiphrène Tiphrène est déconnecté
Member
 
Date d'inscription: juillet 2006
Messages: 40
Par défaut Bambi Frankenstein - Jean-Hubert Gailliot

Voici la chronique de Bambi Frankenstein de Jean-Hubert Gailliot pour la rentrée littéraire paru aux éditions de l'Olivier:

Bambi Frankenstein, Baby Frankenstein, Frankenstein-le-Bambi ou Rosemary’s Bambi… voilà encore d’autres surnoms qu’on pourrait trouver à Michael Jackson, passé malheureusement dans les mémoires de monstre de la pop à monstre tout court.

Tout est parti de Living with Michael Jackson, ce fameux reportage de Martin Bashir (diffusé alors à l’époque sur M6) où l’on voyait Michael s’accrocher aux branches d’un arbre, entre l’enfant innocent et l’adulte perdu dans son Neverland, et lié à d’étranges histoires de pédophilie avec des enfants qu’il invitait à passer la nuit le temps d’un week-end. Michael Jackson’s private home movies, son contre-reportage achevait la crédibilité la star en le montrant essayer de se justifier sur son comportement sur un ton encore plus douteux. Peu de temps avant son procès qui l’accusait effectivement de pédophilie envers Gavin Arvizo, jeune portoricain atteint d’un cancer, Jean-Hubert Gailliot s’interroge sur le vrai visage de Jackson qui se dissimule sous la star et le monstre.
Il se prend alors à imaginer être embarqué dans un dernier voyage dans l’espace à bord même du jet de la star pour tenter de découvrir, sous les bandelettes, la part humaine que Michael Jackson ne peut plus montrer aux médias.

Car pour l’auteur, cela ne fait aucun doute, Michael Jackson est devenu le nouvel homme conspué de la société parce qu’il représente justement à lui seul toutes les tares actuelles de notre monde. Victime du racisme, de la société des apparences et voulant pousser à l’extrême la volonté de devenir une beauté insaisissable au teint de marbre et à la grâce d’une statue antique, Michael Jackson a en fait accumulé toutes les tares et les vices de notre société pour mieux montrer comment elle finit par se détruire elle-même.
Avec un style envoûtant, au phrasé très proustien par moments, Michael Jackson incarne tour à tour toutes les figures ambiguës de notre culture, passant de l’homme au monstre, d’un personnage réel à un personnage imaginaire, de l’enfant innocent à l’adulte pervers qui ne se contrôle plus. Mais cette enveloppe aux malformations physiques changeantes et aux multiples reflets nous montre les différentes facettes de notre société. Jean-Hubert Gailliot va même jusqu’à comparer Michael Jackson à Dorian Gray, le personnage d’Oscar Wilde, qui passe un pacte avec le diable pour avoir un portrait de lui qui porterait tous les stigmates de toutes les perversités qu’il ferait en public, mais sans que lui n’en porte la dégradation physique.
« De qui, de quoi l’image affreusement dégradée de Michael était la mauvaise conscience ? » interroge subitement l’auteur, troublant le paisible silence de l’avion volant au dessus de notre monde et de notre société. Il y a un peu aussi de Cronenberg chez cet auteur quand il s’attarde sur les contours de ce corps hybride et de ce corps mutant pour ne plus seulement interroger la star, mais nous-même.

En maintenant habilement la frontière entre fiction et réalité, le lecteur et l‘auteur finissent par se perdre aussi dans ce voyage dans l’espace, ne distinguant plus le fait réel du voyage imaginé. De fait qu’à la fin, en même temps que l’auteur ne sait plus ce qui s’est réellement passé, voyant ses faits et gestes noyés « dans l’illusion qu’on nomme littérature », le lecteur réalise que Michael Jackson a fini par atteindre son objectif : transcender son propre corps, sa propre nature pour atteindre les cieux de notre réalité. Coupable ou innocent, Michael Jackson reste à jamais gravé dans notre inconscient et imaginaire collectif.
Réponse avec citation