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Vieux 12/09/2006, 16h51
Tiphrène Tiphrène est déconnecté
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J'ai relevé quelques répétitions et lourdeurs de styles donc j'ai quand même procédé à des modifications avant publication:

Bambi Frankenstein, Baby Frankenstein, Frankenstein-le-Bambi ou Rosemary’s Bambi… voilà encore d’autres surnoms qu’on pourrait trouver à Michael Jackson, passé malheureusement dans les mémoires de monstre de la pop à monstre tout court.

Tout est parti de Living with Michael Jackson, le fameux reportage de Martin Bashir (diffusé alors à l’époque sur M6) où l’on voyait la star s’accrocher aux branches d’un arbre, entre l’enfant innocent et l’adulte perdu dans son Neverland, lié alors à d’étranges histoires de pédophilie avec des enfants qu’il invitait à dormir la nuit le temps d’un week-end. Michael Jackson’s private home movies, son contre-reportage, achevait sa crédibilité en le montrant essayer de justifier son comportement sur un ton encore plus douteux. Peu de temps avant son procès qui l’accuse effectivement de pédophilie envers Gavin Arvizo, jeune portoricain atteint d’un cancer, Jean-Hubert Gailliot s’interroge sur le vrai visage qui se dissimule sous la star et le monstre.
Il se prend alors à imaginer être embarqué dans un dernier voyage dans l’espace à bord même du jet de la vedette pour tenter de découvrir, sous les bandelettes, la part humaine que Michael ne peut plus montrer aux médias.

Car pour l’auteur, cela ne fait aucun doute, Michael Jackson est devenu le nouvel homme conspué de la société parce qu’il représente justement à lui seul toutes les tares actuelles de notre monde. Victime du racisme, de la société des apparences et poussant à l’extrême la volonté de devenir une beauté insaisissable au teint de marbre et à la grâce d’une statue antique, Jackson a en fait accumulé tous les vices de notre société pour mieux montrer comment elle finit par se détruire elle-même.
Avec un style envoûtant, au phrasé très proustien par moments, le chanteur incarne tour à tour sous le regard de l’auteur toutes les figures ambiguës de notre culture, passant de l’homme au monstre, d’un personnage réel à un personnage imaginaire, de l’enfant innocent à l’adulte pervers qui ne se contrôle plus. Mais cette enveloppe aux malformations physiques et changeantes nous montre les différentes facettes de notre société. Jean-Hubert Gailliot va même jusqu’à le comparer à Dorian Gray, le personnage d’Oscar Wilde, qui passe un pacte avec le diable pour avoir un portrait de lui qui porterait tous les stigmates de ses perversités, sans qu’il n’en porte la dégradation physique en public.
« De qui, de quoi l’image affreusement dégradée de Michael était la mauvaise conscience ? » interroge subitement l’auteur, troublant le paisible silence de l’avion volant au dessus de notre société. Il y a un peu aussi de Cronenberg quand Gailliot s’attarde, touche et caresse les contours de ce corps hybride pour ne plus seulement interroger la star, mais nous-même.

En maintenant habilement la frontière entre fiction et réalité, le lecteur et l‘auteur finissent par se perdre aussi dans ce voyage dans l’espace, ne distinguant plus le réel du voyage imaginé. De fait qu’à la fin, en même temps que l’auteur voit ses faits et gestes noyés « dans l’illusion qu’on nomme littérature », le lecteur réalise que la star a fini par atteindre son objectif : transcender son propre corps, sa propre nature pour atteindre les cieux d’un autre monde. Coupable ou innocent, Michael Jackson reste à jamais gravé dans notre inconscient et imaginaire collectif.
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