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« … Ils se rencontrent pour la première fois au début des années 50, en pleine adolescence, dans l’un des quartiers les plus huppés de Lima, Miraflores. Joyeux, inconscients, ils font partie d’une jeunesse dorée qui se passionne pour les rythmes du mambo et ne connaît d’autre souci que les chagrins d’amour… »
Des années 50 aux années 90, l’amour inconditionnel de Ricardo pour la « petite Chilienne » le mènera partout où la vénalité de cette dernière la conduit. Entre Paris, Londres, Tokyo ou Madrid, il la retrouvera maîtresse de guérillero castriste, femme de bourgeois ou encore victime soumise d’un contrebandier japonais. Sur plus de quatre décennies, l’histoire du « bon garçon » et de sa « vilaine fille » traverse les générations pour faire résonner toute l’étrangeté d’un couple aux sentiments sado-masochistes. C’est a priori un mauvais tour que joue aux lecteurs Mario Vargas Llosa dans les Tours et détours de la vilaine fille : difficile en effet de se reconnaître dans ce héros médiocre, ce narrateur au « je » plaintif et comme dévirilisé par sa pathétique obsession pour une femme au caractère inconséquent et, reconnaissons-le, franchement détestable ! Et pourtant : le récit révèle peu à peu tous ses enjeux, subtilement amenés par les différentes couches romanesques. Derrière l’apparente incohérence du parcours de la « petite Chilienne », l’auteur dresse un formidable tableau de l’histoire politique et culturelle du monde, depuis les années 50. Plaçant ses personnages dans des capitales stratégiques, Mario Vargas Llosa fait ressentir presque physiquement à son lecteur l’effervescence intellectuelle du Saint-Germain des années 60, entendre la pop londonienne des années 70, ou découvrir avec la génération des années 80 les débuts du Sida. C’est enfin, révélée dans les lettres de l’oncle Adaùlfo resté à Lima, l’histoire contemporaine chaotique de son pays natal qui est analysée par le romancier - n’oublions pas que Mario Vargas Llosa est un homme politique reconnu au Pérou. Le traitement de la « petite Chilienne » renvoie aux grands exemples du mythe de la femme fatale. Car celle qui deviendra successivement Arlette la guérillera, Madame Arnoux, Mrs. Richardson ou encore Kuriko – on n’apprendra son véritable nom que dans les dernières pages – est un personnage caméléon dont la personnalité changeante et le pouvoir de séduction exotique ne sont pas sans rappeler la Conchita de Luis Bunuel, cet « obscur objet du désir ». Et, derrière cette soif féminine de richesse, se livre une satire des formes modernes du pouvoir dans tout leur ridicule, du militaire communiste au fonctionnaire de l’Unesco en passant par l’aristocrate anglais fin de race, roulés dans la boue par la « petite Chilienne ». Quant à l’histoire d’amour elle-même, elle fonde toute son esthétique dans ce mélange de sordide et de pureté qui qualifie la passion de Ricardo pour sa « vilaine fille » : contrastant avec l’apparente pauvreté du personnage masculin, les rares moments où apparaît la « petite Chilienne » brillent d’une lumière un peu dérangeante, certes, mais à l’éclat percutant. Ricardo se fera peu à peu l’image d’un sentiment pur, l’unique salut de celle deviendra dans les dernières pages un modèle d’héroïne tragique. Tours et détours de la vilaine fille fait partie de ces romans qui laissent un goût amer à la dernière page : car la relation du « bon garçon » et de la « vilaine fille », contre toute attente, s’inscrit dans la lignée des histoires d’amour les plus troublantes. |
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I. Mario Vargas Llosa, romancier historien
- bref rappel de la carrière politique de Vargas Llosa, fondateur au Pérou du mouvement de droite démocratique LIBERTAD - Une biographie qui justifie la perception de 2 couches romanesques juxtaposées dans l’écriture. Derrière cette histoire d’amour malheureux apparemment banale, on assiste à la construction d’une fresque historique sur le monde moderne et d’une analyse politique du Pérou contemporain . - notamment grâce aux lettres de « l’Oncle Adaùlfo » resté au Pérou, sorte de double du romancier. Transition: on est tenté de lire les Tours et Détours . . . comme n’importe quel roman à clés. En se concentrant sur le cadre du roman, et en analysant – à tort – les personnages comme de simples personnification d’idées politiques. C’est sans compter sur la richesse symbolique attribuée aux personnages par le romancier virtuose. II. Les deux personnages, porteurs d’une analyse pyschologique et sociologique sur la modernité. - « La petite Chilienne » renvoyant au mythe moderne de la femme fatale, mais recouvrant également, derrière son opportunisme, une critique des avatars du pouvoir au Xxe siècle. - Ricardo, par moments lui aussi double de l’auteur, recouvrant en lui le découragement et une certaine lâcheté de la génération péruvienne ayant côtoyé la Révolution sans y participer. Transition: pour pertinentes qu’elles soient, les analyses de Vagas Llosa ne suffiraient pas à donner envie au lecteur de tourner les pages sans l’élaboration littéraire dont bénéficie l’histoire d’amour elle-même. III. Le tour de force de Mario Vargas Llosa : inscrire l’actuel dans l’intemporel. Faire du couple Ricardo / la « petite Chilienne » un modèle littéraire de passion tragique, tout en conservant la spécificité historique et psychologique des personnage. - La spécificité psychologique : des personnages un peu tordus, sado-masochistes, faibles ou corrompus, qui deviennent pourtant – et imperceptiblement car ils ne changent ni ne se rachètent jamais– des modèles de sentiments purs, et dont la destinée frôle à la fin du roman le sublime - La spécificité historique : la cadre historique du roman, qui donne lieu à l’analyse socio-politique dont on a parlé en I., devient également le point d’ancrage idéal de la passion malheureuse. Car ce cadre - qu’il s’agisse de la rigueur des organisations révolutionnaires, de la vétusté de l’aristocratie anglaise ou encore de la rigidité de la structure des organisations internationales - , remplit au sens littéraire du terme exactement la même fonction que les cadres traditionnels des exemples d’amour tragique : la famille de Roméo et Juliette, les lois pour Manon Lescaut…etc. |
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En l'état je ne sais pas : à vous de voir et de me montrer comment vous vous raccrochez aux branchez sachant que III empiète allègrement sur I et II. |
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« … Ils se rencontrent pour la première fois au début des années 50, en pleine adolescence, dans l’un des quartiers les plus huppés de Lima, Miraflores. Joyeux, inconscients, ils font partie d’une jeunesse dorée qui se passionne pour les rythmes du mambo et ne connaît d’autre souci que les chagrins d’amour… »
Des années 50 aux années 90, l’amour inconditionnel de Ricardo pour la « petite Chilienne » le mènera partout où la vénalité de cette dernière la conduit. Entre Paris, Londres, Tokyo ou Madrid, il la retrouvera maîtresse de guérillero castriste, femme de bourgeois ou encore victime soumise d’un contrebandier japonais. Sur plus de quatre décennies, l’histoire du « bon garçon » et de sa « vilaine fille » traverse les générations pour faire résonner toute l’étrangeté d’un couple aux sentiments sado-masochistes. Reconnaissons que le roman peut d’emblée paraître un peu décevant : les cent premières pages semblent dévolues à retracer, d’une écriture parfois maladroite et surchargée de détails ( la traduction y étant peut-être pour quelque chose), l’histoire pathétique d’un narrateur mou, obsédé par une femme détestable. Mais il est des romans qui dégagent une vérité dépassant de loin celle de la fiction. C’est le cas de Tours et Détours de la vilaine fille, écrit par un romancier, mais aussi par un brillant homme politique en son pays. Agé de 24 ans au moment de la Révolution cubaine, Mario Vargas Llosa a partagé pendant un temps l’idéologie communiste avant de rejeter les positions du Parti sur la littérature et l’art, et de fonder le mouvement péruvien de droite démocratique, LIBERTAD. Difficile dans ces conditions d’imaginer une fiction mettant en scène deux héros péruviens et contemporains de l’auteur, sans que ne se glisse une référence à l’évolution du Pérou moderne. Nos deux héros sont certes expatriés, mais le lien qu’ils entretiendront toujours avec leur pays d’origine est l’occasion pour Vargas Llosa de proposer en filigrane une histoire de son pays : souvenirs heureux de l’enfance aisée du narrateur, relayés par la vision plus noire des lettres de l’oncle Adaùlfo resté au Pérou, en plein chaos politique…Autant d’indices permettant de saisir l’amertume de l’auteur sur l’histoire de son pays natal. Une œuvre un peu hybride donc, entre l’essai et la fiction, mais loin d’être incohérente. Car si Vargas Llosa délivre une analyse de son pays, il cherche à tout prix à éviter les écueils de la littérature politique. En ce sens, le fait d’avoir placé les deux héros en exil n’est pas anodin : d’une part, les personnages ne se construisent pas comme des symboles politiques, mais plus comme des points d’observations neutres de la situation ; d’autre part, et c’est bien là que le romanesque reprend le dessus, cet exil permet à l’auteur de peindre une formidable fresque culturelle du monde depuis les années 50. Plaçant ses personnages dans des capitales stratégiques, Mario Vargas Llosa fait ressentir presque physiquement à son lecteur l’effervescence intellectuelle du Saint-Germain des années 60, entendre la pop londonienne des années 70, ou découvrir avec la génération des années 80 les débuts du Sida. L’histoire politique, la fresque cultuelle: il faut avouer que ces deux points, aussi bien traités soient-ils, ne suffiraient pas à faire de l’œuvre un bon roman sans le traitement, quasi virtuose, de la psychologie des personnages. Car c’est un roman d’amour qu’ambitionnait d’écrire Mario Vargas Llosa. Et, qu’il s’agisse d’un mauvais tour joué aux lecteurs ou d’un tour de force de l’auteur, les Tours et détours de la vilaine fille résonneront finalement comme tel : derrière le sado-masochisme du couple, se met en marche de manière imperceptible la sublime tragédie de la passion de Ricardo pour Lily, la « petite Chilienne ». Du héros dévirilisé au modèle masculin de l’amour pur, de la femme vénale et corrompue au mythe moderne de la féminité « fatale », il n’y a qu’un pas, que Mario Vargas Llosa franchira avec une facilité déconcertante. L’amour du « bon garçon » et de la « vilaine fille » fonde d’ailleurs toute son esthétique dans ce mélange de cruauté et de pureté, ce clair-obscur qui baigne l’ambiance générale du livre. Tours et détours de la vilaine fille fait partie de ces romans qui laissent un goût amer à la dernière page : car pour sordide qu’elle puisse paraître, la relation de Ricardo et de la « petite Chilienne» s’inscrit, contre toute attente, dans la lignée des histoires d’amour les plus troublantes. |
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« … Ils se rencontrent pour la première fois au début des années 50, en pleine adolescence, dans l’un des quartiers les plus huppés de Lima, Miraflores. »
Obsédé par cellequ’il appelle sa « petite Chilienne », et dont le lecteur n’apprendra le nom qu’à la fin du roman, Ricardo la suivra des années 50 aux années 90. Entre Paris, Londres, Tokyo ou Madrid, il la retrouvera maîtresse de guérillero castriste, femme de diplomate français ou encore d’aristocrate anglais. Elle, toujours plus cruelle et vénale, le rejette à chaque fois, suscitant ce qui fonde la plus grande partie du roman : les complaintes et autres plaintes de Ricardo. Les Tours et Détours de la vilaine fille reposent sur une histoire pathétique, couronnée par une fin tragique et racontée par un « je » accablant d’égocentrisme. Aurait-on entre les mains un autre de ces romans geignards et narcissiques comme en produit beaucoup la littérature actuelle ? A priori, oui. Mais il est des romans qui dégagent une vérité dépassant de loin celle de la fiction. C’est le cas de celui-ci, écrit par un romancier, mais aussi par un brillant homme politique en son pays. Agé de 24 ans au moment de la Révolution cubaine, Mario Vargas Llosa a partagé pendant un temps l’idéologie communiste avant de rejeter les positions du Parti sur la littérature et l’art, et de fonder le mouvement péruvien de droite démocratique, LIBERTAD. Difficile dans ces conditions d’imaginer une fiction mettant en scène deux héros péruviens et contemporains de l’auteur, sans que ne se glisse une référence à l’évolution du Pérou moderne. Nos deux héros sont certes expatriés, mais le lien qu’ils entretiendront toujours avec leur pays d’origine est l’occasion pour Vargas Llosa de proposer en filigrane une histoire de son pays : souvenirs heureux de l’enfance aisée du narrateur, relayés par la vision plus noire des lettres de l’oncle Adaùlfo resté au Pérou, alors en plein chaos politique…Autant d’indices permettant de saisir l’amertume de l’auteur sur l’histoire de son pays natal. Une œuvre un peu hybride donc, entre l’essai et la fiction, mais loin d’être incohérente. Car si Vargas Llosa délivre une analyse de son pays, il cherche à tout prix à éviter les écueils de la littérature politique. En ce sens, le fait d’avoir placé les deux héros en exil n’est pas anodin : d’une part, les personnages ne se construisent pas comme des symboles politiques, mais plus comme des points d’observations neutres de la situation ; d’autre part, et c’est bien là que le romanesque reprend le dessus, cet exil permet à l’auteur de peindre une formidable fresque culturelle du monde depuis les années 50. Plaçant ses personnages dans des capitales stratégiques, Mario Vargas Llosa fait ressentir presque physiquement à son lecteur l’effervescence intellectuelle du Saint-Germain des années 60, entendre la pop londonienne des années 70, ou découvrir avec la génération des années 80 les débuts du Sida. L’histoire politique, la fresque cultuelle: il faut avouer que ces deux points, aussi bien traités soient-ils, ne suffiraient pas à faire de l’œuvre un bon roman sans le traitement, quasi virtuose, de la psychologie des personnages. Car c’est un roman d’amour qu’ambitionnait d’écrire Mario Vargas Llosa. Et, qu’il s’agisse d’un mauvais tour joué aux lecteurs ou d’un tour de force de l’auteur, les Tours et détours de la vilaine fille résonneront finalement comme tel : derrière le sado-masochisme du couple, se met en marche de manière imperceptible la sublime tragédie de la passion de Ricardo pour Lily, la « petite Chilienne ». Du héros dévirilisé au modèle masculin de l’amour pur, de la femme vénale et corrompue au mythe moderne de la féminité « fatale », il n’y a qu’un pas, que Mario Vargas Llosa franchira avec une facilité déconcertante. L’amour du « bon garçon » et de la « vilaine fille » fonde d’ailleurs toute son esthétique dans ce mélange de cruauté et de pureté, ce clair-obscur qui baigne l’ambiance générale du livre. Il est très difficile de résumer les enjeux d’un roman dont la richesse ne se découvre qu’entre les lignes, page après page, et par à coups. On peut tout simplement dire que les Tours et détours de la vilaine fille relèvent de ces romans qui, une fois dépassées la lourdeur du style et l’apparente banalité de la fiction, laissent un goût réellement amer à la dernière page : car pour sordide qu’elle puisse paraître, la relation de Ricardo et de la « petite Chilienne» s’inscrit, contre toute attente, dans la lignée des histoires d’amour les plus troublantes. |
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