Je te retrouverai - John Irving
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Au commencement était un manque : le héros, Jack, n’a pas connu son père, William Burns. Elevé par une mère tatoueuse, elle-même obsédée par cette absence, il n’en franchit pas moins les différentes étapes vers la maturité. De la découverte de la sexualité à la naissance d’une vocation d’acteur, en passant par l’expérience, toujours nouvelle, du deuil : le chemin est long et rude vers l’âge adulte. Et si la plume cynique et toujours habile d’Irving en balise les degrés avec humour, le ton se fait souvent cruel. Comme pour rappeler qu’il est des étapes qu’on ne saurait brûler sans en payer le prix. D’autant que Jack, une fois adulte, devra relire toute son enfance en dénouant le vrai du faux dans les propos de sa mère.
On connaissait la propension d’Irving à semer dans ses romans des anecdotes et éléments tirés de sa propre biographie. On s’attendait moins, pour ce dernier écrit, à une œuvre aussi personnelle. Un roman initiatique certes, renouant sans conteste avec le genre picaresque qui fit le succès du « Monde selon Garp ». Mais les étapes de cette initiation ne sont pas sans afficher une ressemblance troublante avec le parcours de l’auteur lui-même. Ainsi, outre le thème prolifique du père absent - qui a fréquemment marqué l’œuvre d’Irving - l’on pense aux abus sexuels dont est victime Jack enfant. Le romancier avouait en effet avoir subi lui aussi un viol à l’âge de 11 ans.
John Irving, le maître de la fiction, serait-il tardivement atteint du virus de la confession ? Une théorie d’autant plus séduisante qu’il déclarait récemment avoir écrit une première ébauche de « Je te retrouverai » à la première personne… avant de tout réécrire à la troisième personne pour mieux « manipuler » son lecteur. Gardons-nous pour autant de lui prêter l’intention de l’autofiction. Car chez Irving, le roman s’inspire du traumatisme personnel tant par souci d’esthétique que par volonté d’exutoire. Certes, on frôle parfois le malaise devant une narration aussi « sentimentale ». Pourtant, ces flirts avec l’intime n’en font que ressortir d’avantage les moments plus lumineux. En atteste le défilé de personnages hauts en couleur et de situations cocasses : de la tendre complicité nouée avec la « fausse » sœur, Emma, aux quiproquos hilarants qui jalonnent le texte, le roman fait bel et bien émerger son quota de fiction pure, telle que seul John Irving en a le secret. Joyeux mélange de réel, d’intime, et de folie douce, "Je te retrouverai" repose sur un équilibre fragile... Au bout du compte, le pari est réussi.
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