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12 Feb, 2012
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The hole - Tsai Ming-LiangEn 1997, Arte commande à dix réalisateurs dix films d'une heure pour son cycle « L'an 2000 vu par ». C'est ainsi que naît The Hole, du réalisateur d'origine malaysienne Tsai Ming-Liang, qui a éprouvé quelques difficultés à réduire son film à la durée imposée. MK2 présente dans cette édition le film dans son intégralité.

Nous sommes à Taïwan, sept jours avant l'an 2000. Une étrange épidémie frappe la ville, dont une zone entière est mise en quarantaine et doit être évacuée pour la nouvelle année : le ramassage des ordures est suspendu, et l'eau, contaminée, va bientôt être coupée. Dehors, des pluies torrentielles s'abattent sans discontinuer. Pourtant, certains habitants refusent de partir. Parmi eux, un jeune homme et une jeune femme, voisins pour le meilleur et pour le pire. Il vit au dessus et son appartement qui fuit inonde celui de sa voisine, obligée d'écoper et de recoller le papier peint sur ses murs. Le plombier, appelé à la rescousse, s'occupe de la fuite, mais laisse derrière lui un trou, qui va devenir le lien entre les deux appartements, entre leurs deux occupants qui bien que voisins ne se connaissent pas.

Tsai Ming-Liang explore encore une fois son thème favori : la solitude dans les grandes villes. Dans tous ses films, en effet, les personnages ne se rencontrent pas, ne se voient pas, ne parlent pas ensemble. Mais il tient à montrer qu'il espère en un avenir meilleur : d'où ce trou, symbole d'un monde à venir où, comme il le souhaite, les gens entreraient en communication.

Ainsi, tout au long du film, c'est par ce trou que ces deux voisins vont s'observer, se détester, se découvrir. Au cours de longs plans-séquences, les deux personnages traînent leur solitude dans les couloirs et les escaliers de l'immeuble, dégoutants de la pluie omniprésente et des ordures tombant entre les gouttes. L'homme tient une sorte d'échoppe dans un sous-sol humide, mais son unique ami est un chat et son unique client un vieux un peu déconnecté. La femme ne sort que pour faire des courses et sa seule relation avec l'extérieur est le plombier qu'elle a de temps en temps au téléphone, mais qui ne viendra plus. Ce n'est que lorsqu'ils se rapprochent du trou qu'ils découvrent qu'ils ne sont pas seuls. Le son, les odeurs, la lumière : à travers ce trou, les univers de l'un et de l'autre entrent en contact, s'envahissent, s'influencent. Autour d'eux, l'épidémie continue de frapper, transformant les hommes en cafards. Puis, un jour, c'est elle qui développe les premiers symptômes. Le film décrit alors une fièvre insoutenable, avant d'atteindre la grâce, par une suite de plans chargés de souffrance et d'émotion, qui culmine dans un final libérateur : du trou s'échappe une cascade de lumière, puis un bras en descend pour arracher la femme à sa solitude mortelle.

Partant d'un constat pessimiste, Tsai Ming-Liang se convertit donc peu à peu à l'optimisme. En témoigne également l'ambiance musicale du film : si la bande-son laisse une grande place au ruissellement de l'eau à la fois source de vie et de destruction, elle surprend par l'irruption régulière de chansons guillerettes datant des années cinquante et soixante, au son desquelles la voisine semble trouver son moyen d'évasion. Complètement décalées, elles sont les touches de couleurs de ce film hypnotisant, à la croisée des univers d'Antonioni, de Wong Kar-Wai et d'Hideo Nakata. Un monde où les gens se croisent sans se voir, s'écoutent sans s'entendre, mais où un trou de la taille d'un doigt finit par s'agrandir jusqu'à laisser passer les corps.

BONUS
Malgré un boîtier alléchant, qui s'avère n'être que décoratif, puisqu'il ne contient même pas de livret, MK2 nous propose une édition relativement avare en bonus. Passons rapidement sur les bandes-annonces de l'éditeur, présentant huit films asiatiques, ainsi que sur l'accès direct aux quatre passages de comédie musicale du film. Le chapitrage du film permet d'y accéder suffisamment rapidement pour rendre ce bonus certes pratique, mais relativement inutile. Ne reste alors qu'un court entretien de presque huit minutes avec le réalisateur, qui parle de sa vision de l'an 2000, des significations du trou et de l'eau dans The Hole, et des chansons de Grace Chang. Cet entretien permet d'approfondir un peu les grands thèmes du film, à l'exception de l'épidémie, qui n'est pas abordée. Tsai Ming-Liang s'y montre plutôt pessimiste et nostalgique, ne trouvant refuge que dans ce qu'il appelle « la belle époque », celle où il écoutait les chansons de Grace Chang, qui le plongeaient dans l'innocence et l'émotion.
Mk2 Diffusion. 33€

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