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En 1997, Arte commande à dix
réalisateurs dix films d'une heure pour son cycle « L'an 2000
vu par ». C'est ainsi que naît The Hole, du réalisateur
d'origine malaysienne Tsai Ming-Liang, qui a éprouvé quelques
difficultés à réduire son film à la durée imposée. MK2 présente dans
cette édition le film dans son intégralité. Nous sommes à Taïwan, sept jours avant l'an 2000.
Une étrange épidémie frappe la ville, dont une zone entière est mise en
quarantaine et doit être évacuée pour la nouvelle année : le
ramassage des ordures est suspendu, et l'eau, contaminée, va bientôt
être coupée. Dehors, des pluies torrentielles s'abattent sans
discontinuer. Pourtant, certains habitants refusent de partir. Parmi
eux, un jeune homme et une jeune femme, voisins pour le meilleur et
pour le pire. Il vit au dessus et son appartement qui fuit inonde celui
de sa voisine, obligée d'écoper et de recoller le papier peint sur ses
murs. Le plombier, appelé à la rescousse, s'occupe de la fuite, mais
laisse derrière lui un trou, qui va devenir le lien entre les deux
appartements, entre leurs deux occupants qui bien que voisins ne se
connaissent pas.
Tsai Ming-Liang explore encore une fois son
thème favori : la solitude dans les grandes villes. Dans tous ses
films, en effet, les personnages ne se rencontrent pas, ne se voient
pas, ne parlent pas ensemble. Mais il tient à montrer qu'il espère en
un avenir meilleur : d'où ce trou, symbole d'un monde à venir où,
comme il le souhaite, les gens entreraient en communication.
Ainsi,
tout au long du film, c'est par ce trou que ces deux voisins vont
s'observer, se détester, se découvrir. Au cours de longs
plans-séquences, les deux personnages traînent leur solitude dans les
couloirs et les escaliers de l'immeuble, dégoutants de la pluie
omniprésente et des ordures tombant entre les gouttes. L'homme tient
une sorte d'échoppe dans un sous-sol humide, mais son unique ami est un
chat et son unique client un vieux un peu déconnecté. La femme ne sort
que pour faire des courses et sa seule relation avec l'extérieur est le
plombier qu'elle a de temps en temps au téléphone, mais qui ne viendra
plus. Ce n'est que lorsqu'ils se rapprochent du trou qu'ils découvrent
qu'ils ne sont pas seuls. Le son, les odeurs, la lumière : à
travers ce trou, les univers de l'un et de l'autre entrent en contact,
s'envahissent, s'influencent. Autour d'eux, l'épidémie continue de
frapper, transformant les hommes en cafards. Puis, un jour, c'est elle
qui développe les premiers symptômes. Le film décrit alors une fièvre
insoutenable, avant d'atteindre la grâce, par une suite de plans
chargés de souffrance et d'émotion, qui culmine dans un final
libérateur : du trou s'échappe une cascade de lumière, puis un
bras en descend pour arracher la femme à sa solitude mortelle.
Partant
d'un constat pessimiste, Tsai Ming-Liang se convertit donc peu à peu à
l'optimisme. En témoigne également l'ambiance musicale du film :
si la bande-son laisse une grande place au ruissellement de l'eau à la
fois source de vie et de destruction, elle surprend par l'irruption
régulière de chansons guillerettes datant des années cinquante et
soixante, au son desquelles la voisine semble trouver son moyen
d'évasion. Complètement décalées, elles sont les touches de couleurs de
ce film hypnotisant, à la croisée des univers d'Antonioni, de Wong
Kar-Wai et d'Hideo Nakata. Un monde où les gens se croisent sans se
voir, s'écoutent sans s'entendre, mais où un trou de la taille d'un
doigt finit par s'agrandir jusqu'à laisser passer les corps.
BONUS
Malgré
un boîtier alléchant, qui s'avère n'être que décoratif, puisqu'il ne
contient même pas de livret, MK2 nous propose une édition relativement
avare en bonus. Passons rapidement sur les bandes-annonces de
l'éditeur, présentant huit films asiatiques, ainsi que sur l'accès
direct aux quatre passages de comédie musicale du film. Le chapitrage
du film permet d'y accéder suffisamment rapidement pour rendre ce bonus
certes pratique, mais relativement inutile. Ne reste alors qu'un court
entretien de presque huit minutes avec le réalisateur, qui parle de sa
vision de l'an 2000, des significations du trou et de l'eau dans The Hole,
et des chansons de Grace Chang. Cet entretien permet d'approfondir un
peu les grands thèmes du film, à l'exception de l'épidémie, qui n'est
pas abordée. Tsai Ming-Liang s'y montre plutôt pessimiste et
nostalgique, ne trouvant refuge que dans ce qu'il appelle « la
belle époque », celle où il écoutait les chansons de Grace Chang,
qui le plongeaient dans l'innocence et l'émotion.
Mk2 Diffusion. 33€
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