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11 Feb, 2012
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La presse, le citoyen et l'argent - Daniel JunquaLe livre de Daniel Junqua se présente comme un aide-mémoire historique et économique des origines de la presse jusqu'à nos jours. Divisé en sept chapitres, cet ouvrage traite des rapports du lecteur à la presse, des évolutions successives des quotidiens et des magazines ou encore de la mainmise progressive des industriels sur les grands groupes de presse.

Daniel Junqua constate amèrement le déclin continu de la presse écrite, notamment depuis l'arrivée de médias concurrents telles que la télévision et la radio. Il est nostalgique de cette époque datant d'avant 1960, héritage de la IVe République pendant laquelle les titres de presse foisonnaient et où l'information écrite n'était contrebalancée par aucun autre média.

Face à cette concurrence alors naissante, les journaux et autres magazines ont dû se transformer, plus ou moins changer leur ligne éditoriale et leur contenu pour s'adapter aux lois du marché et aux attentes des lecteurs, ou plutôt des « consommateurs ». Ainsi, certains journaux dits sérieux ont dû accepter, avec un certain fatalisme, de faire rentrer dans leurs colonnes des informations aussi passionnantes que les programmes de télévision. L'auteur explique que la recherche accrue de profits a obligé les groupes de presse à changer de statut - la SARL Le Monde devenant une SA -, à diminuer leurs coûts d'impression et à augmenter progressivement leur prix de vente pour être plus rentables. Daniel Junqua démontre minutieusement comment ces groupes se sont agrégés les uns aux autres par fusion/acquisition afin de former de gigantesques conglomérats au point de mettre à mal le pluralisme de la presse qui existait sous la IIIe République. De nos jours, douze groupes se partagent de manière géographique la France des lecteurs. Mais selon l'auteur, la qualité rédactionnelle n'en est pas pour autant remise en cause.

Omissions et paradoxes
Le livre est riche en chiffres, à tel point que cela en devient assommant. Ce n'est pas un essai, c'est un recueil de pourcentages, de citations, de nombre tous azimuts. Daniel Junqua se veut un historien de la presse. Des origines du groupe Hersant à la fondation du Monde ou d'Infomatin, le lecteur est abreuvé de noms de supports, de statistiques et d'historiques. Ce livre se veut objectif. Aucune réflexion, aucune analyse, seulement des faits. En cela, Daniel Junqua exerce brillamment son métier de journaliste en ne mélangeant pas faits et commentaires. À un mot près, le titre plagie celui de Jean Schwoebel : La presse, le pouvoir et l'argent. Le citoyen s'est substitué à l'argent mais l'auteur en parle peu. Il insiste sur l'absorption successive des journaux par les grands groupes industriels et prétend qu'il est assez inconcevable de penser qu'un actionnaire majoritaire puisse peser sur la ligne éditoriale du journal qu'il possède ! Daniel Junqua explique que dans un régime démocratique, à la différence des régimes totalitaires, la presse est indépendante du pouvoir politique. Mais la dépendance vis-à-vis du pouvoir capitaliste ne semble pas l'interpeller. Il a choisi délibérément de ne pas traiter le sujet.

Daniel Junqua tient un propos paradoxal : il dénonce le « circuit fermé » dans lequel fonctionnent les médias alors qu'il cautionne très largement leur complémentarité. Au début de son livre, l'ex-directeur du CFPJ s'inquiète « de la concertation et de la coopération systématiques entre les spécialistes du marketing et de la vente, d'une part, et les rédacteurs, d'autre part », alors que le CFJ est devenu le groupe CFPJ, et que cette école prestigieuse fait l'objet de tous les débats, notamment par l'intermédiaire du livre de François Rufin. D'un côté, l'auteur se réjouit de voir que les écoles de journalisme ne recrutent plus « des marginaux, des jeunes au profil atypique qui rechignaient à se couler dans les moules professionnels classiques » au profit de personnes diplômées des IEP. Et, au contraire, il dénonce les entreprises qui se sont dépêchées de placer à la retraite leurs journalistes un peu trop âgés, et surtout « plus enclins à la critique ». Ce livre est parfois difficile à cerner et à comprendre de par les incohérences qu'écrit Daniel Junqua, à la fois mitigé entre sa semblante neutralité affichée et ses prises de position parfois subtiles à interpréter.

L'auteur tient également un discours quelque peu démagogue en rappelant les beaux principes théoriques que tout bon journaliste doit respecter. Il cite la charte de déontologie : « Un journaliste digne de ce nom (...) ne touche pas d'argent dans un service public ou une entreprise privée » mais ne parle pas des ménages et de la corruption massive des journalistes par les communicants. Par pudeur, nous ne parlerons pas de l'interview truquée de Fidel Castro par PPDA et les démêlés de celui-ci dans l'affaire Botton. La charte des journalistes ne semble être qu'un faire-valoir à Daniel Junqua pour se donner bonne conscience sur un sujet qu'il a volontairement esquivé. Oser affirmer que l'intrusion d'un groupe industriel dans le capital d'une entreprise de presse peut participer à son indépendance n'est qu'un leurre, voire un mensonge éhonté. Sur ce point, Serge Halimi affirme que « céder à cette pensée, c'est accepter que la rentabilité prenne le pas sur l'utilité sociale, c'est encourager le mépris du politique et le règne de l'argent ».
Folio Actuel, 340 pages, 2002. 9,20€ La presse, le citoyen et l'argent - Daniel Junqua

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