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Les e-campagnes de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy
Les principaux candidats, conscients de l’importance croissante que peut jouer Internet au sein d’une campagne présidentielle, tentent d’accroître leur présence sur ce média. Cependant, si la logique est bien souvent la même, la stratégie est différente. Internet est devenu d’une importance capitale en politique. Ceux qui ne le croyaient pas encore en furent convaincus lors des primaires démocrates en 2004 lorsque Howard Dean axa en grande partie sa stratégie de communication sur le web. Bien que cette stratégie se révéla infructueuse, puisque les électeurs démocrates préférèrent John Kerry, il n’en reste pas moins que Internet peut se révéler être une arme puissante, offrant de grandes potentialités en matière de communication, et par conséquent tient une place centrale lors d’une campagne électorale. Stanislas Magniant et jean Philippe Clément, co-fondateurs du site netpolitique.com, qui analyse les relations entre Internet et la politique, parlent de stratégies tout à fait différentes. La Ségosphère (ensemble des sites et blogs reliés entre eux qui soutiennent la candidature de Ségolène Royal) grandit au fur et à mesure que s’activent les sympathisants « telle une ruche autour du site de la reine abeille en son centre ». « En face, la blogosphère UMP évoque davantage la tortue –la formation militaire romaine, pas l’animal- qui avance en formation serrée, impénétrable et invulnérable. » Comment expliquer ces deux dynamiques ? Au parti socialiste, il s’agit d’abord de définir un programme commun, puis on choisit le candidat qui saura le mieux porter ce programme devant le vote des français. Au contraire, à l’UMP, on choisit d’abord le candidat, chaque candidat défendant ses chances avec un programme personnel. Ainsi, Ségolène Royal, qui doit encore faire ses preuves face à ses concurrents directs, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, ne bénéficie d’aucun soutien de la part du parti socialiste. En revanche Nicolas Sarkozy, leader incontesté de l’UMP sans véritable adversaire au sein du parti, laisse fonctionner la grosse machine qu’est le parti, et entame sa pré campagne de manière protégée. C’est pourquoi les deux analystes concluent par une opposition de style entre Royal et Sarkozy. Alors que Royal « tente de prendre son parti à revers via une organisation militante virtuelle », Sarkozy développe « la transposition inédite d’un parti organisé et hiérarchisé dans la blogosphère ». Cette différence de stratégie se note dans l’organisation même des deux blogosphères. Guilhem Fouetillou, chercheur au groupe Réseaux, Territoires et Géographie de l’Information (RTGI) basé à l’université technologique de Compiègne, a analysé comparativement les « blogosphères » de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy. On s’aperçoit par exemple que le site de l’UMP agit sous forme de sondages pour connaître les envies et attentes des sympathisants. Nicolas Sarkozy, candidat naturel de son propre parti, présente un projet que le citoyen peut accepter ou refuser, mais pas faire évoluer. De son côté, desirsdavenir.org, le « vaisseau amiral » de la blogosphère de Ségolène Royal, préfère cultiver le débat libre d’idées, sans orienter l’internaute vers telle ou telle question mais sur la base d’un véritable échange. L’analyse développée par le RTGI pousse plus loin la comparaison. En décryptant la structure de la blogosphère de l’UMP, le RTGI découvre une organisation « orientée autour de sa propre cohérence et de son identité ». En d’autres termes, et pour reprendre la métaphore de Magniant et Clément, la blogosphère de l’UMP est hyperconcentrée, telle une formation militaire, autour de son cœur ou principal site, celui de l’UMP. Le RTGI relève que l’ensemble des sites et blogs sympathisants soutenant Nicolas Sarkozy possèdent un lien conduisant directement au site de l’UMP. Autre indice de cette hyperconcentration, un annuaire a été mis en ligne sur le site de l’UMP, qui permet ainsi de recenser et en quelque sorte donner une cohérence au foisonnement des soutiens témoignés à l’UMP ou à Nicolas Sarkozy. La Sarkosphère apparaît donc comme un relais efficace pour la campagne grâce à une organisation à caractère hiérarchique et vertical fortement prononcé. A l’inverse, la Ségosphère offre aux blogs sympathisants une plus grande liberté, dans le but de créer un véritable espace virtuel d’échange et de démocratie participative. Mais c’est là que réside le problème selon Guilhem Fouetillou. En effet, à part desirsdavenir.org, le « blog amiral » de la blogosphère qui a donné naissance à un riche débat entre internautes, il n’existe « aucune interaction entre les auteurs et lecteurs » des différents blogs. Le spécialiste a recensé en moyenne moins de 2 commentaires sur les 5 derniers billets publiés sur les blogs. Ainsi, à cause de cette liberté laissée, la ségosphère semble manquer cruellement d’organisation et de cohérence. Par ailleurs, le spécialiste souligne que cette liberté peut poser un autre problème. Il incombe au parti une certaine responsabilité morale de ce qui s’écrit sur les blogs mais aucun contrôle dessus n’est possible. Ségolène Royal a déjà souffert de ce problème à cause d’attaques antisémites proférées contre l’un de ses concurrents sur un blog sympathisant. Enfin, Guilhem Fouetillou conclut sur une idée intéressante. Le manque d’interaction sur et entre les blogs de la ségosphère mettent en valeur un fait : le but n’est pas de créer un lieu de débat mais de gagner « la bataille de la visibilité », c’est-à-dire d’être le plus présent sur les moteurs de recherche. Dans cette perspective, le blog militant a deux fonctions. D’une part, il doit « manifester à la vue de tous l’ampleur des forces en présence indépendamment du contenu proposé ». D’autre part, il doit « offrir des outils de coordination et de mutualisation des ressources internes ». Le blog militant doit à la fois montrer qu’il existe et s’intégrer à la blogosphère pour laquelle il agit. A ce petit jeu de la présence et de la cohérence, il semble pour le moment que la sarkosphère soit plus efficace que la ségosphère. |
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| Les e-campagnes de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy | yoann | Sujets Imposés | 0 | 24/07/2006 15h11 |