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La guerre au Liban dans la presse française
La guerre au Liban, à la fois politique et psychologique, oppose un armement technologique ultra-moderne à des guérilleros, résistants pour certains, terroristes pour d’autres. Guerre politique, guerre psychologique, guerre d’image La « guerre » permet d’englober tous les aspects d’un conflit multiforme. Non seulement on peut y inclure les opérations militaires de terrain, mais plus largement tout le penchant propagandiste et médiatique du conflit. L’éditorial du Monde daté du 3 août soutient que « cette guerre de l'image avec l'ennemi, cette guerre politique, qui sera cruciale si aucun des belligérants n'obtient une victoire militaire totale, a peu de chances d'être gagnée par Israël. » La « guerre politique » à laquelle fait référence l’éditorialiste est une guerre diplomatique, qui fait entrer comme acteur principal la communauté internationale. Cela sous-entend que la guerre va continuer au delà du cessez-le-feu, et qu’elle ne se résume donc pas à des bombardements et combats. Dans la même perspective, la « guerre de l’image » est celle des média, qui inclut dans le conflit le public. Il s’agit pour les belligérants de retourner l’opinion publique locale, mais surtout régionale et mondiale, en leur faveur. On pouvait lire dans une dépêche publiée par le Monde du même jour « Israël mène une guerre psychologique en piratant la télévision du Hezbollah ». Le terme « psychologique » permet de conserver une plus grande neutralité par rapport au terme « propagande » par exemple, qui est connoté négativement et met en valeur le caractère mensonger, ou déformé, du message. Le journal La Croix du 19 juillet publiait un article intitulé « Trois forces armées, trois stratégies » dans lequel on déduit un autre sens à la guerre psychologique : « En partie, ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’une guerre psychologique visant à briser le moral des cadres du Hezbollah ». Ici, elle s’apparente à une tactique, une stratégie militaire, menée par Tsahal et cherchant à impressionner le Hezbollah. Dans son édition du 2 août, Le Monde écrivait : « La sale guerre continue, avec des centaines de civils tués au Liban. » L’expression met cette fois en valeur l’aspect moral du conflit. L’auteur s’explique : cette guerre tue des civils, c’est-à-dire des innocents, donc elle est sale, ou immorale d’un point de vue humaniste. De plus, « la sale guerre » est une expression lourde de sens puisque historiquement connotée. Elle renvoie à la guerre d’Algérie et à son cortège d’exactions plus qu’à tout autre conflit dans l’esprit du lecteur français. La phrase appelle non seulement à l’indignation, mais surtout augmente la charge émotionnelle chez le lecteur provoquée par les images et impressions qu’elle comporte. Le choix du terme « guerre » est judicieux puisqu’il reste neutre, mais certains journaux ont aussi utilisé des expressions révélant un parti pris. Ainsi, l’Humanité publie un article le 18 août intitulé « bande de Gaza, l’autre conflit occulté » qui débute par cette phrase : « L’agression israélienne contre le Liban a quelque peu fait oublier la guerre menée par Tel-Aviv contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie ». Cette « agression israélienne » confère à Israël la responsabilité du conflit, ce qui sous-entend par conséquent que l’enlèvement des deux soldats de Tsahal, le 12 juillet, n’était pas un acte justifiant l’entrée en guerre. Le terrorisme des uns est la résistance des autres Le mot « terrorisme », tout comme le mot « résistance », est dans la plupart des cas mis entre parenthèses, rapportant les propos d’un intervenant. Dans Libération paru le 24 juillet, un article intitulé « L’Etat hébreux veut-il la paix ? », écrit par deux géographes, déclarait : « La légitimité invoquée par le gouvernement israélien […] est la lutte contre le terrorisme. Certes, mais la pratique des assassinats ciblés par le gouvernement israélien […] et le recours aux punitions collectives affectant au premier chef la population civile […] sont tout autant du terrorisme. » A l’image de cette citation, les média tentent de donner la parole successivement à ceux qui accusent Israël de « terrorisme d’Etat » puis à ceux qui considèrent le Hezbollah comme un mouvement terroriste, sans vraiment oser prendre une position, se limitant à parler de bombardements ou d’opérations militaires dans un cas, de tirs de roquettes dans l’autre. Certains journaux adoptent pourtant des positions décalées face au terme. L’Humanité écrivait le 9 août « Les combattants de la résistance - du Hezbollah, mais aussi de l’autre mouvement chiite Amal, et de la mouvance communiste-… ». Le quotidien confère à la milice une légitimité quasi-nationale puisqu’elle ne compte pas seulement des membres du Hezbollah. C’est pourquoi l’auteur parle des « combattants de la résistance ». Or, les autres média ne tiennent pas compte de ces éléments, considérant que le Hezbollah organise et domine la résistance, et surtout que les combattants issus d’autres mouvances ne participent qu’à titre personnel. En effet, le dirigeant de Amal, Nabih Berri, a témoigné sa « solidarité » envers le parti de Dieu, ce qui ne signifie pas soutien concret. Le 20 juillet, le même journal déclarait : « Il faut rappeler, à ce propos, que c’est à la suite des attentats du 11 septembre 2001 que le Hezbollah a été placé par Washington sur la liste des organisations terroristes, alors qu’il figurait sur celle des mouvements de libération. » Puis l’auteur continuait : « En réalité, le Hezbollah s’est surtout affirmé comme force politique et militaire en prenant la tête de la résistance armée contre l’occupation israélienne du sud du Liban entre 1990 et 2000 ». On retrouve le terme de « résistance » et la prise de distance du journaliste face à la qualification du Hezbollah d’ « organisation terroriste » par Washington. L’opposition de l’auteur est induite par « en réalité ». Enfin, on ressent la même prise de distance dans l’éditorial du même jour : « Par le passé, les Israéliens ont toujours refusé de discuter avec ceux qu’ils appellent « terroristes ». Ou encore dans un article du 10 juillet, cette fois-ci abordée de manière ironique : « Le dangereux terroriste a été stoppé net et sa monstrueuse cargaison s’est répandue sur le sol : des dizaines de paquets de pain… » Le 19 juillet, La Croix écrivait « Des experts internationaux estiment que la stratégie militaire du Hezbollah exclut pour le moment le recours au terrorisme et aux attentats ». Selon cette phrase, on peut déduire que les tirs de rockets du Hezbollah sur les villes du nord d’Israël ne sont pas considérés comme des actes terroristes, puisqu’ils avaient débuté bien avant le 19 juillet. Le parti pris du journaliste, même caché derrière l’opinion des « experts », reste flagrant. La guérillarisation des conflits La guérilla qualifie le type de conflit engagé. L’article « Liban : les cartes du Hezbollah » du Monde du 25 juillet déclarait : « A la différence d'une armée, celui-ci pratique en effet une guérilla extrêmement mobile. » Le journaliste oppose deux types de conflit : la guerre classique, qui fait intervenir des armées régulières, c’est le cas d’Israël, et la guérilla, menée par des milices, comme le Hezbollah. Dans cette perspective, on a pu voir les journalistes assimiler les belligérants à leur propre tactique, ce qui ajoute au symbolisme en renvoyant l’image d’un combat entre David et Goliath. A la « guerre technologique » ultra moderne s’oppose « la guérilla » sans moyen, mais discrète et imprévisible, et qui est finalement déclarée vainqueur par les média, comme l’entrevoit un article de Libération du 27 juillet intitulé : « A Bint Jbeil, Tsahal piétine face à la guérilla ». Par ailleurs, le terme de « guérilla » renvoie inévitablement à des comparaisons historiques. Un article de l’Humanité du 9 juillet expliquait que : «Les combattants de la résistance […] appliquent les tactiques de la guérilla vietnamienne, s’enterrant et tendant des embuscades à l’ennemi. » La guérilla, en tant que stratégie militaire, était auparavant associée historiquement et géographiquement à l’Amérique Latine, puis à l’Afrique et à l’Asie. Désormais on l’utilise pour tous les conflits asymétriques, comme ici au Proche Orient. Dans la Croix du 30 juillet, Agnès Rotivel annonçait : « Tsahal est confronté à une forte résistance des miliciens du Hezbollah, l’une des guérillas les mieux entraînées au monde. » La phrase témoigne de la banalisation du terme. |
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Article prometteur, bien supérieur au précédent. attention tout fois à certaines erreurs : "guerre" n'est pas un mot neutre contrairement à "conflit" qui lui est un terme véritablement générique.
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La guerre au Liban dans la presse française
La guerre au Liban, à la fois politique et psychologique, oppose un armement technologique ultra-moderne à des guérilleros, résistants pour certains, terroristes pour d’autres. Guerre politique, guerre psychologique, guerre d’image La « guerre » permet d’englober tous les aspects d’un conflit multiforme. Non seulement on peut y inclure les opérations militaires de terrain, mais plus largement tout le penchant propagandiste et médiatique du conflit. L’éditorial du Monde daté du 3 août soutient que « cette guerre de l'image avec l'ennemi, cette guerre politique, qui sera cruciale si aucun des belligérants n'obtient une victoire militaire totale, a peu de chances d'être gagnée par Israël. » La « guerre politique » à laquelle fait référence l’éditorialiste est une guerre diplomatique, qui fait entrer comme acteur principal la communauté internationale. Cela sous-entend que la guerre va continuer au delà du cessez-le-feu, et qu’elle ne se résume donc pas à des bombardements et combats. Dans la même perspective, la « guerre de l’image » est celle des média, qui inclut dans le conflit le public. Il s’agit pour les belligérants de retourner l’opinion publique locale, mais surtout régionale et mondiale, en leur faveur. On pouvait lire dans une dépêche publiée par le Monde du même jour « Israël mène une guerre psychologique en piratant la télévision du Hezbollah ». Le terme « psychologique » permet de conserver une plus grande neutralité par rapport au terme « propagande » par exemple, qui est connoté négativement et met en valeur le caractère mensonger, ou déformé, du message. Le journal La Croix du 19 juillet publiait un article intitulé « Trois forces armées, trois stratégies » dans lequel on déduit un autre sens à la guerre psychologique : « En partie, ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’une guerre psychologique visant à briser le moral des cadres du Hezbollah ». Ici, elle s’apparente à une tactique, une stratégie militaire, menée par Tsahal et cherchant à impressionner le Hezbollah. Dans son édition du 2 août, Le Monde écrivait : « La sale guerre continue, avec des centaines de civils tués au Liban. » L’expression met cette fois en valeur l’aspect moral du conflit. L’auteur s’explique : cette guerre tue des civils, c’est-à-dire des innocents, donc elle est sale, ou immorale d’un point de vue humaniste. De plus, « la sale guerre » est une expression lourde de sens puisque historiquement connotée. Elle renvoie à la guerre d’Algérie et à son cortège d’exactions plus qu’à tout autre conflit dans l’esprit du lecteur français. La phrase appelle non seulement à l’indignation, mais surtout augmente la charge émotionnelle chez le lecteur provoquée par les images et impressions qu’elle comporte. Le choix du terme « guerre » est le plus répendu pour qualifier le conflit, mais certains journaux ont aussi utilisé des expressions révélant un parti pris. Ainsi, l’Humanité publie un article le 18 août intitulé « bande de Gaza, l’autre conflit occulté » qui débute par cette phrase : « L’agression israélienne contre le Liban a quelque peu fait oublier la guerre menée par Tel-Aviv contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie ». Cette « agression israélienne » confère à Israël la responsabilité du conflit, ce qui sous-entend par conséquent que l’enlèvement des deux soldats de Tsahal, le 12 juillet, n’était pas un acte justifiant l’entrée en guerre. Le terrorisme des uns est la résistance des autres Le mot « terrorisme », tout comme le mot « résistance », est dans la plupart des cas mis entre parenthèses, rapportant les propos d’un intervenant. Dans Libération paru le 24 juillet, un article intitulé « L’Etat hébreux veut-il la paix ? », écrit par deux géographes, déclarait : « La légitimité invoquée par le gouvernement israélien […] est la lutte contre le terrorisme. Certes, mais la pratique des assassinats ciblés par le gouvernement israélien […] et le recours aux punitions collectives affectant au premier chef la population civile […] sont tout autant du terrorisme. » A l’image de cette citation, les média tentent de donner la parole successivement à ceux qui accusent Israël de « terrorisme d’Etat » puis à ceux qui considèrent le Hezbollah comme un mouvement terroriste, sans vraiment oser prendre une position, se limitant à parler de bombardements ou d’opérations militaires dans un cas, de tirs de roquettes dans l’autre. Certains journaux adoptent pourtant des positions décalées face au terme. L’Humanité écrivait le 9 août « Les combattants de la résistance - du Hezbollah, mais aussi de l’autre mouvement chiite Amal, et de la mouvance communiste-… ». Le quotidien confère à la milice une légitimité quasi-nationale puisqu’elle ne compte pas seulement des membres du Hezbollah. C’est pourquoi l’auteur parle des « combattants de la résistance ». Or, les autres média ne tiennent pas compte de ces éléments, considérant que le Hezbollah organise et domine la résistance, et surtout que les combattants issus d’autres mouvances ne participent qu’à titre personnel. En effet, le dirigeant de Amal, Nabih Berri, a témoigné sa « solidarité » envers le parti de Dieu, ce qui ne signifie pas soutien concret. Le 20 juillet, le même journal déclarait : « Il faut rappeler, à ce propos, que c’est à la suite des attentats du 11 septembre 2001 que le Hezbollah a été placé par Washington sur la liste des organisations terroristes, alors qu’il figurait sur celle des mouvements de libération. » Puis l’auteur continuait : « En réalité, le Hezbollah s’est surtout affirmé comme force politique et militaire en prenant la tête de la résistance armée contre l’occupation israélienne du sud du Liban entre 1990 et 2000 ». On retrouve le terme de « résistance » et la prise de distance du journaliste face à la qualification du Hezbollah d’ « organisation terroriste » par Washington. L’opposition de l’auteur est induite par « en réalité ». Enfin, on ressent la même prise de distance dans l’éditorial du même jour : « Par le passé, les Israéliens ont toujours refusé de discuter avec ceux qu’ils appellent « terroristes ». Ou encore dans un article du 10 juillet, cette fois-ci abordée de manière ironique : « Le dangereux terroriste a été stoppé net et sa monstrueuse cargaison s’est répandue sur le sol : des dizaines de paquets de pain… » Le 19 juillet, La Croix écrivait « Des experts internationaux estiment que la stratégie militaire du Hezbollah exclut pour le moment le recours au terrorisme et aux attentats ». Selon cette phrase, on peut déduire que les tirs de rockets du Hezbollah sur les villes du nord d’Israël ne sont pas considérés comme des actes terroristes, puisqu’ils avaient débuté bien avant le 19 juillet. Le parti pris du journaliste, même caché derrière l’opinion des « experts », reste flagrant. La guérillarisation des conflits La guérilla qualifie le type de conflit engagé. L’article « Liban : les cartes du Hezbollah » du Monde du 25 juillet déclarait : « A la différence d'une armée, celui-ci pratique en effet une guérilla extrêmement mobile. » Le journaliste oppose deux types de conflit : la guerre classique, qui fait intervenir des armées régulières, c’est le cas d’Israël, et la guérilla, menée par des milices, comme le Hezbollah. Dans cette perspective, on a pu voir les journalistes assimiler les belligérants à leur propre tactique, ce qui ajoute au symbolisme en renvoyant l’image d’un combat entre David et Goliath. A la « guerre technologique » ultra moderne s’oppose « la guérilla » sans moyen, mais discrète et imprévisible, et qui est finalement déclarée vainqueur par les média, comme l’entrevoit un article de Libération du 27 juillet intitulé : « A Bint Jbeil, Tsahal piétine face à la guérilla ». Par ailleurs, le terme de « guérilla » renvoie inévitablement à des comparaisons historiques. Un article de l’Humanité du 9 juillet expliquait que : «Les combattants de la résistance […] appliquent les tactiques de la guérilla vietnamienne, s’enterrant et tendant des embuscades à l’ennemi. » La guérilla, en tant que stratégie militaire, était auparavant associée historiquement et géographiquement à l’Amérique Latine, puis à l’Afrique et à l’Asie. Désormais on l’utilise pour tous les conflits asymétriques, comme ici au Proche Orient. Dans la Croix du 30 juillet, Agnès Rotivel annonçait : « Tsahal est confronté à une forte résistance des miliciens du Hezbollah, l’une des guérillas les mieux entraînées au monde. » La phrase témoigne de la banalisation du terme. |
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La guerre au Liban, à la fois politique et psychologique, oppose un armement technologique ultra-moderne à des guérilleros, résistants pour certains, terroristes pour d’autres. Guerre politique, guerre psychologique, guerre d’image La « guerre » permet d’englober tous les aspects d’un conflit multiforme. Non seulement on peut y inclure les opérations militaires de terrain, mais plus largement tout le penchant propagandiste et médiatique du conflit. L’éditorial du Monde daté du 3 août soutient que « cette guerre de l'image avec l'ennemi, cette guerre politique, qui sera cruciale si aucun des belligérants n'obtient une victoire militaire totale, a peu de chances d'être gagnée par Israël. » La « guerre politique » à laquelle fait référence l’éditorialiste est une guerre diplomatique, qui fait entrer comme acteur principal la communauté internationale. Cela sous-entend que la guerre va continuer au delà du cessez-le-feu, et qu’elle ne se résume donc pas à des bombardements et combats. Dans la même perspective, la « guerre de l’image » est celle des média, qui inclut dans le conflit le public. Il s’agit pour les belligérants de retourner l’opinion publique locale, mais surtout régionale et mondiale, en leur faveur. On pouvait lire dans une dépêche publiée par le Monde du même jour « Israël mène une guerre psychologique en piratant la télévision du Hezbollah ». Le terme « psychologique » permet de conserver une plus grande neutralité par rapport au terme « propagande » par exemple, qui est connoté négativement et met en valeur le caractère mensonger, ou déformé, du message. Le journal La Croix du 19 juillet publiait un article intitulé « Trois forces armées, trois stratégies » dans lequel on déduit un autre sens à la guerre psychologique : « En partie, ces opérations s’inscrivent dans le cadre d’une guerre psychologique visant à briser le moral des cadres du Hezbollah ». Ici, elle s’apparente à une tactique, une stratégie militaire, menée par Tsahal et cherchant à impressionner le Hezbollah. Dans son édition du 2 août, Le Monde écrivait : « La sale guerre continue, avec des centaines de civils tués au Liban. » L’expression met cette fois en valeur l’aspect moral du conflit. L’auteur s’explique : cette guerre tue des civils, c’est-à-dire des innocents, donc elle est sale, ou immorale d’un point de vue humaniste. De plus, « la sale guerre » est une expression lourde de sens puisque historiquement connotée. Elle renvoie à la guerre d’Algérie et à son cortège d’exactions plus qu’à tout autre conflit dans l’esprit du lecteur français. La phrase appelle non seulement à l’indignation, mais surtout augmente la charge émotionnelle chez le lecteur provoquée par les images et impressions qu’elle comporte. Le choix du terme « guerre » est le plus répandu pour qualifier le conflit, mais certains journaux ont aussi utilisé des expressions révélant un parti pris. Ainsi, l’Humanité publie un article le 18 août intitulé « bande de Gaza, l’autre conflit occulté » qui débute par cette phrase : « L’agression israélienne contre le Liban a quelque peu fait oublier la guerre menée par Tel-Aviv contre les Palestiniens à Gaza et en Cisjordanie ». Cette « agression israélienne » confère à Israël la responsabilité du conflit, ce qui sous-entend par conséquent que l’enlèvement des deux soldats de Tsahal, le 12 juillet, n’était pas un acte justifiant l’entrée en guerre. Le terrorisme des uns est la résistance des autres Le mot « terrorisme », tout comme le mot « résistance », est dans la plupart des cas mis entre parenthèses, rapportant les propos d’un intervenant. Dans Libération paru le 24 juillet, un article intitulé « L’Etat hébreux veut-il la paix ? », écrit par deux géographes, déclarait : « La légitimité invoquée par le gouvernement israélien […] est la lutte contre le terrorisme. Certes, mais la pratique des assassinats ciblés par le gouvernement israélien […] et le recours aux punitions collectives affectant au premier chef la population civile […] sont tout autant du terrorisme. » A l’image de cette citation, les média tentent de donner la parole successivement à ceux qui accusent Israël de « terrorisme d’Etat » puis à ceux qui considèrent le Hezbollah comme un mouvement terroriste, sans vraiment oser prendre une position, se limitant à parler de bombardements ou d’opérations militaires dans un cas, de tirs de roquettes dans l’autre. Certains journaux adoptent pourtant des positions décalées face au terme. L’Humanité écrivait le 9 août « Les combattants de la résistance - du Hezbollah, mais aussi de l’autre mouvement chiite Amal, et de la mouvance communiste-… ». Le quotidien confère à la milice une légitimité quasi-nationale puisqu’elle ne compte pas seulement des membres du Hezbollah. C’est pourquoi l’auteur parle des « combattants de la résistance ». Or, les autres média ne tiennent pas compte de ces éléments, considérant que le Hezbollah organise et domine la résistance, et surtout que les combattants issus d’autres mouvances ne participent qu’à titre personnel. En effet, le dirigeant de Amal, Nabih Berri, a témoigné sa « solidarité » envers le parti de Dieu, ce qui ne signifie pas soutien concret. Le 20 juillet, le même journal déclarait : « Il faut rappeler, à ce propos, que c’est à la suite des attentats du 11 septembre 2001 que le Hezbollah a été placé par Washington sur la liste des organisations terroristes, alors qu’il figurait sur celle des mouvements de libération. » Puis l’auteur continuait : « En réalité, le Hezbollah s’est surtout affirmé comme force politique et militaire en prenant la tête de la résistance armée contre l’occupation israélienne du sud du Liban entre 1990 et 2000 ». On retrouve le terme de « résistance » et la prise de distance du journaliste face à la qualification du Hezbollah d’ « organisation terroriste » par Washington. L’opposition de l’auteur est induite par « en réalité ». Enfin, on ressent la même prise de distance dans l’éditorial du même jour : « Par le passé, les Israéliens ont toujours refusé de discuter avec ceux qu’ils appellent « terroristes ». Ou encore dans un article du 10 juillet, cette fois-ci abordée de manière ironique : « Le dangereux terroriste a été stoppé net et sa monstrueuse cargaison s’est répandue sur le sol : des dizaines de paquets de pain… » Le 19 juillet, La Croix écrivait « Des experts internationaux estiment que la stratégie militaire du Hezbollah exclut pour le moment le recours au terrorisme et aux attentats ». Selon cette phrase, on peut déduire que les tirs de rockets du Hezbollah sur les villes du nord d’Israël ne sont pas considérés comme des actes terroristes, puisqu’ils avaient débuté bien avant le 19 juillet. Le parti pris du journaliste, même caché derrière l’opinion des « experts », reste flagrant. La guérillarisation des conflits La guérilla qualifie le type de conflit engagé. L’article « Liban : les cartes du Hezbollah » du Monde du 25 juillet déclarait : « A la différence d'une armée, celui-ci pratique en effet une guérilla extrêmement mobile. » Le journaliste oppose deux types de conflit : la guerre classique, qui fait intervenir des armées régulières, c’est le cas d’Israël, et la guérilla, menée par des milices, comme le Hezbollah. Dans cette perspective, on a pu voir les journalistes assimiler les belligérants à leur propre tactique, ce qui ajoute au symbolisme en renvoyant l’image d’un combat entre David et Goliath. A la « guerre technologique » ultra moderne s’oppose « la guérilla » sans moyen, mais discrète et imprévisible, et qui est finalement déclarée vainqueur par les média, comme l’entrevoit un article de Libération du 27 juillet intitulé : « A Bint Jbeil, Tsahal piétine face à la guérilla ». Par ailleurs, le terme de « guérilla » renvoie inévitablement à des comparaisons historiques. Un article de l’Humanité du 9 juillet expliquait que : «Les combattants de la résistance […] appliquent les tactiques de la guérilla vietnamienne, s’enterrant et tendant des embuscades à l’ennemi. » La guérilla, en tant que stratégie militaire, était auparavant associée historiquement et géographiquement à l’Amérique Latine, puis à l’Afrique et à l’Asie. Désormais on l’utilise pour tous les conflits asymétriques, comme ici au Proche Orient. Dans la Croix du 30 juillet, Agnès Rotivel annonçait : « Tsahal est confronté à une forte résistance des miliciens du Hezbollah, l’une des guérillas les mieux entraînées au monde. » La phrase témoigne de la banalisation du terme. |
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