Samedi, Juillet 04, 2009
   
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Dernières nouvelles du bourbier - Alexandre Ikonnikov

Cultures - Livres Littérature étrangère

Dernières nouvelles du bourbier - Alexandre Ikonnikov« En fait, la prétendue âme russe se réduit à quatre composantes : la croix russe, la langue, la vodka et le bonheur dans la souffrance. »

Une mutinerie dans une colonie pénitentiaire, un paysan qui achète une machine à laver sans penser à l'évacuation d'eau, la visite présidentielle d'une province qui prospère aux dépens du bien public, l'histoire d'un appelé oublié dans la steppe par son unité militaire : lkonnikov porte sur ses compatriotes un regard aigu. Loin de Moscou, il nous fait pénétrer dans un monde archaïque, retourné à une forme de communion à la fois corporelle et spirituelle. Fidèle à une tradition russe qui va de Gogol à Tchekhov, Alexandre lkonnikov ne condamne pas plus qu'il n'enjolive. Mêlant comique et tragique, il se tient à une distance soigneusement réglée, celle de l'observateur actif.

Un succulent recueil d’histoires enlisées dans un bourbier de vodka et d’ironie ! C’est toute la Russie qui défile par petits fragments colorés dans ces courts récits qui tiennent plus du polaroïd que de la nouvelle, mêlant comique et tragique, tendresse et brutalité, dureté et émotion.

Fidèle à la meilleure tradition russe, Alexandre Ikonnikov ne condamne pas plus qu'il n'enjolive les gens dont il fait de si justes portraits. Il s'adonne à un genre satirique très agréable à lire pour rendre compte de l'état social, politique, culturel, d'un pays à la dérive depuis des siècles : « Le dernier tsar russe, Nicolas II, avait des cheveux, et le peuple avait de quoi manger ! Ensuite est arrivé Lénine, et, avec lui, la faim ! »

Il a le regard ravageur et tendre d’un moraliste enjoué, ne cédant jamais à l’amertume ni à la condamnation. Il parle de la Russie d'aujourd'hui, des jeunes et des vieux, à la campagne et dans les villes, de gens robustes, inventifs et roublards, alliant fatalisme et énergie déployée en vain. De petites histoires sans fard, ironiques, grotesques, mettant en scène de pauvres hères qui trafiquent, fricotent, squattent tout ce que le communisme a laissé. « Des gens généreux puisqu’ils n’ont rien à partager ! »

Du kitsch, du grotesque, une utopie squattée, labourée par les hoquets. Car la vodka règle beaucoup de tracas quotidiens où la poussière, qui recouvre presque tout, neutralise les frontières : sociales, culturelles et nationales. Ikonnikov nous dresse un portrait hilarant d’un pays où, quoi qu’en disent les ultralibéraux, l’affairisme le plus débridé cohabite avec la bureaucratie la plus proliférante.

Ces très courtes nouvelles rappellent le jeune Tchekhov par leur style enlevé, incisif, souvent drôle. Un grand sens de cet humour particulier à la Russie fait d’amour des hommes et de constat glacé de leurs travers et de leurs qualités. « Comme le fermier ne boit pas et ne fume pas davantage, le bruit court qu’il ferait partie d’une secte. » On rit, on pleure, on pense, rien de ce qui est russe ne peut être banal.
Éditions de L’Olivier et Seuil Points, traduit du russe par Antoine Volodine et de l’allemand par Dominique petit. Dernières nouvelles du bourbier - Alexandre Ikonnikov

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