Les flops de l'informatique
Introduction
Le problème avec les échecs, cest que lon oublie bien souvent jusquà lexistence du produit initial. Certes, il existes quelques incurables nostalgiques pour vous parler durant des heures de la machine développée sous nexstep, société fondée par un certain Steve Jobs et qui fut un échec retentissant. Plus récemment, Jean-loup Gassée, autre transfuge dapple, tenta une aventure similaire avec la bebox, et échoua pour des raisons identiques. Chez apple, vous vous souvenez peut-être du newton, un assistant de poche qui fut abandonné alors que le marché était en pleine explosion. Toujours chez apple, nous pouvons aussi vous citer le Lisa, développé parallèlement au macintosh, et sorti peu avant lui. Ou encore La console de jeux Pipin. Mais ne croyez pas que nous nous acharnions sur Apple : seuls des professionnels aguerris et passablement agés se rappelleront du PC junior lancé en 1984 par IBM. Ou encore de la tentative de Microsoft de lancer sur le marché un ordinateur, en collaboration avec les japonais. Ne serait-ce quavec les consoles de jeux oubliées presquaussi vite quelles ont été mises sur le marché, nous pourrions remplir plusieurs dizaine de pages. Citons par exemple la console portable couleur de Atari, alors même que la gameboy faisait un malheur, ou encore la 3Do, lancée par le fondateur dElectronic Arts. La société se rattrapa aux branches en rachetant léditeur des fameux Might and Magic, avec le succès que lon connaît. 3DO nest désormais plus que le nom dun éditeur de jeux vidéo, alors quil était censé être celui dune console révolutionnaire.
En matière de systèmes dexploitation, nous avons aussi lembarras du choix : Nextstep bien évidemment, mais aussi OS/2 chez IBM, DR-DOS nous vous avons déjà parlé, ou encore Taligent issu de lalliance contre-nature dapple IBM. La France nest pas en reste, avec le thomson TO7 suivi vaillamment dun MO5, le tout sous respiration artficielle grace au plan « informatique pour tous », qui porta malheureusement fort mal son nom . Ces boitiers bizarres eurent droit aux honneurs des placards scolaires et largent alimenta un temps les caisses de lentreprise valant « un franc symbolique ». dautres échecs relèvent moins de la technologie que du marketing. Ainsi, en 1995, le tout puissant Microsoft terrorise ses concurrents en lançant MSN : le Microsoft Network. Le fournisseur daccès nest plus aujourdhui quun banal portail. Quant à Infonie, qui lui existe toujours, avait débuté avec un modèle économique étrange : la société vendait un abonnement et un décodeur, cest à dire en fait un modem propriétaire. Un modèle économique visiblement inspiré de canal plus, mais qui ne rencontra pas le même succès . La société révisa sa copie en nimposant plus son propre modem, et même un logiciel « light » permettant de consulter le site Infonie réservé aux abonnés à partir de nimporte quel autre fournisseur Internet. Cest lhistoire de quelques-uns de ces échecs que nous allons à présent vous compter.
Le Newton
Jean-Louis Gassée, dans sa chronique dans Libération du 6 mars 1998, a remarquablement décrit laventure du Newton. En 1987, Steve Sakomac, son créateur, désire quitter Apple dont il critique la bureaucratie afin de monter sa société. Son but ? concevoir un ordinateur plat au format A4 qui reconnaitrait lécriture et sur lequel on écrirait directement avec un stylet et qui serait relié à dautres machines similaires par ondes radio. Trois ans à peine après linvention du mac, lidée était révolutionnaire. Mais il échoua à monter son entreprise et une cellule fut créée au sein dApple. Le Newton est lancé en 1993. et abandonné en 1998, alors même que le marché a explosé, comme lavait Steve Sakomac mais à ses dépends. Le principal problème ? un projet tout bonnement trop ambitieux. Les technologies de reconnaissance de lécriture nétaient pas au point, loin sen faut. Avec pour conséquence que le Newton confondait les mots inscrits avec dautres. Les versions successives du produit nont pas arrangé les choses et cela seul aurait suffit à discréditer le produit. De fait, lutilisateur lambda avait franchement tendance à railler le malheureux propriétaire dun newton, tandis quil lorgnait avec envie le Palm Pilot, qui lui requérait lapprentissage dun alphabet spécial aisément reconnaissable par lordinateur. Plus compliqué, mais efficace. second problème, la synchronisation entre le newton avec un PC ou un MAC fonctionnait mal. Un rien gênant. Troisième problème, sa taille. En définitive plus petit que le A4, mais trop gros pour une poche après avoir décidé de faire Newton une entité séparée de la maison mère afin de rassurer la bourse alors quapple est en pleine tourmente, son arrêt de mort est finalement signé. Il a couté sa place à John Sculley, le pdg dapple, enfonça le clou en déclarant quon navait décidément pas fait grand chose pour améliorer le produit en cinq ans. Le Newton représentait 1% des revenus de la société, une misère. En revanche, le cout total était évalué à 300 millions de dollars développeurs et utilisateurs abandonné, et laction Apple qui fait des bonds suite à cette bonne nouvelle. Un schéma classique dans le royaume enchanté de la world compagny.
Quest-ce que cest une Bebox ?
Si vous avez sans doute vaguement entendu parler du Newton, nous allons mettre votre culture à rude épreuve en vous parlant de la Bebox. En 1990, Steve Sakomac et Jean-Louis Gassée quittent Apple pour fonder Be Inc. Leur objectif ? créer un ordinateur et un système dexploitation révolutionnaires. Reconnaissons quà une époque où le PC compatible sétait définitivement imposé comme standard de linformatique personnelle, aux dépends du Mac, lentreprise semblait pour le moins osé. Voilà bien le problème des passionnés : ils raisonnent avec leur cur plutot quavec leur portefeuille. Parfois ça marche. Mais lépoque des machines conçues dans un garage est définitivement révolue, Be Inc doit affronter des géants, et léchec fut cinglant.
La Bebox fut présentée en octobre 1995, donc peu après un certain Windows 95. du coup, le système dexploitation BeOs demeurait certes extraordinairement novateur par rapport à un Windows 3.1, mais nettement moins révolutionnaire si on le comparait à son successeur, certes loin dêtre parfait, mais suffisamment moderne pour simposer avec le succès que lon sait. Mais Bebox attaquait également de front les station de travail conçues notamment par sun, en se targuant de ses hautes capacités en matière de 3D, montage vidéo ou retouche dimage lordinateur fut initialement lancé dans une version à 66Mhz. Sa principale originalité consistait à sappuyer non pas sur un, mais deux processeurs. En loccurrence deux powerpc 603. Elle comportait trois ports PCI, cinq ISA, deux canaux midi, un système sonore 16Bits, trois ports infra-rouges, une interface SCSI, quatre ports série assurément, des caractéristiques séduisantes. La version 133 Mhz a remplacé le modèle précédent en décembre 1996. le 30 janvier 1997, soit à peine deux mois plus tard, la machine cessait dêtre commercialisée. Il sétait vendu environ 1000 66Mhz, et 800 à 133Mhz. Les raisons de cet échec sont multiples. La plus évidente est le choix dun nouveau système dexploitation certes performant mais sans bases logicielles. Mais il y a aussi le fait davoir formidablement sous-estimé lévolution foudroyante du Hardware dans le monde de linformatique personnelle. Be Inc vante la connectivité de sa machine ? mais lUSB pointe le bout de son nez, avec le succès que lon sait. Ses capacités en matière de Vidéo ? il est dépourvu dinterface Firewire, standard de fait pour les camescopes et le montage numérique, en attendant sans doute de remplacer le SCSI. Cinq slots ISA ? mais lindustrie, une fois quelle a tranché pour le PCI, est allée très vite. Résultat ? une machine séduisante et onéreuse en décembre 95 était devenue franchement ringarde et onéreuse début 97. Quant au système dexploitation BeOS, on tenta de le commercialiser séparément. Il est à présent librement téléchargeable sur le site de léditeur : www.be.com
Lisa, mère putative de Nexstep
Steve Jobs est plus ou moins considéré comme un demi-dieu vivant depuis le spectaculaire redressement de la firme quil dirige. Mais quel rapport avec Lisa ? lisa est considéré par certains comme le plus grand flop dapple, avant même le Newton, Pipin ou lapple III. Retour aux sources : la société avait mené de front deux projets dordinateurs basé sur une interface graphique. On connaît le succès du macIntosh, on a oublié le Lisa, sorti à peu près en même temps, et dont le chef de projet nétait autre quun certain Steve Jobs ! Le Lisa sortit en 1983 pour un prix denviron 10.000$. autant dire une fortune. Bien trop cher pour les entreprises. Et si lon connaît vaguement le Lisa, le Lisa 2 est quasiment rayé de la mémoire collective. Il fut écrasé par le succès de son petit frère, quil tenta vainement dimiter grace à un émulateur capable de faire tourner le système dexploitation du Mac. Steve Jobs fut un rien vexé, et surtout rapidement écarté de ses fonctions. Avec seulement 11% des actions dApple, il navait pas son mot à dire et quitta la société en 1985 après sêtre faché avec John Sculley auquel il reprochait, sans doute à juste titre, de ne rien connaître à lindustrie informatique. Il fonda alors Nextstep. Le but, un rien revanchard, consistait à rivaliser de front avec le Mac en créant une nouvelle machine de toutes pièces. Il ne connut pas tout à fait le même fiasco que la Bebox, la concurrence étant moins rude à lépoque, mais le père du Lisa connut malgré tout une nouvelle fois léchec avec cet ordinateur qui faisait surtout rêver par son design : un superbe bloc de granit noir commercialisé en 1989 : le NextCube. une machine théoriquement destinée aux étudiants, mais deux fois plus chère que prévu : environ 6.000$, et atterrit donc dans les labos fortunés plutot que dans des chambres de bonnes. Et pour cause : il était sorti avec un lecteur magnéto-optique en guise de disquette. Un périphérique onéreux même de nos jours des versions moins sophistiquées verront heureusement le jour. Il sen vendit 50.000 exemplaires, autant dire un succès colossal si on le compare à la Bebox. En 1993, Steve Jobs décida de cesser la commercialisation de sonordinateur, Sa société avait déjà englouti 250 millions de dollars La société Nextstep se concentra sur son système dexploitation quil destinait aux professionnels. cette même année sortit Nextstep 486. Mais Microsoft avait lancé le projet Cairo qui allait conduire à Windows NT, avec le succès que lon sait. out fini par le mieux puisquApple, au moment de rappeler Steve Jobs, racheta la société Next pour la bagatelle de 400 millions de dollars. Il sagissait là dun beau cadeau qui, sur le plan financier, était bien plus avantageuse pour Steve Jobs quApple. A lheure actuelle, Nextstep, rebaptisé en Next Software Inc, sest spécialisé dans le développement objet.
Même IBM
Même IBM est capable de commettre des erreurs de débutant. La preuve ? on se souvient encore du fiasco de OS/2, mais combien connaissent le PC Junior ? preuve, preuve, sil en fallait, dun méga-flop. Cet ordinateur est sorti en 1983 et a été commercialisé jusquen 1985. il comprenait un clavier sans fil, deux ports pour insérer des cartouches et était basé sur le processeur 8088. On laura compris il sagissait de percer le marché domestique. Les mauvaises langues prétendent que léchec essuyé par le géant est du au nom de la machine : comment prendre au sérieux un ordinateur sappelant junior ? mais la vraie raison est plus pragmatique. Le PC junior disposait en effet dinterfaces propriétaires incompatibles avec le reste du marché, en particulier lIBM PC quil avait lui-même inventé ! cette situation absurde était en fait liée au fait que IBM entendait ainsi verrouiller le marché grace à ses multiples brevets pour cette machine, nayant guère apprécié de voir son ordinateur cloné par le premier taiwanais venu. Il allait plus tard renouveler son erreur en tentant dimposer le PS/2, cette fois-ci pour le marché professionnel. Cette machine était dotée dinterfaces propriétaires et, même si elle ne connut pas un échec aussi patent, elle ne sut jamais simposer sur le marché qui avait tranché pour un système ouvert, celui que nous connaissons aujourdhui. Avouez que si le super-géant IBM a échoué a imposé une nouvelle machine bien que fonctionnant sous DOS et ayant donc accès à une immense base de logiciels, on pouvait difficilement miser sur les chances de petites entreprises telles que Nextstep ou Be Inc.
Les flops de Microsoft
Le plus beau flop de Microsoft est assurément le MSX. Retour en 1982 : Il sagissait de créer un nouveau standard, au même titre que le cd-audio et autres VHS, pour une famille dordinateurs basés sur le processeur Z80. ce standard fut défini par la société ASCII en collaboration avec Microsoft fournissant en firmware une version étendu de son célèbre basic : Microsoft eXtended Basic. Doù le nom de ce fameux standard Les spécifications imposent notamment la présence dun port pour insérer des cartouches, ce qui en faisait un modèle hybride entre lordinateur et la console de jeux.pour être honnête, ce « standard » connu un succès relatif dans les pays asiatiques, et pour cause : on trouvait parmi les constructeurs des intervenants tels que Sony, Panasonic ou Toshiba. Le MSX fut également commercialisé en europe, où il essuya un échec face à la concurrence des nombreux modèles européens : zx spectrum, amiga et autres atari. Quant aux Etats-Unis, fief de Microsoft, on ne peut même pas parler de commercialisation en revanche, lURSS en acheta des centaines pour ses écoles. Un malheur narrivant jamais seul, MSX2 vit le jour en 1985, puis MSX2+ en 1988 puis enfin MSX TURBO R en 1990. mais Microsoft sétait retiré du projet depuis belle lurette pour se consacrer au Compatible PC avec le succès que lon connaît.
Lautre grand flop de Microsoft nest autre que MSN. Ne croyant pas Internet, la société a lancé un service propriétaire avec une simple passerelle vers le Net, tout comme la fait AOL. Mais alors que les fournisseurs daccès se tournaient vers une connexion illimitée forfaitaire, MSN, imposait un taux horaire élevé, comparable à celui de AOL. Mais voilà, Microsoft navait ni lexpérience, ni surtout le contenu de son rival. Ajoutons-y une interface catastrophique et les utilisateurs se tournèrent massivement vers Internet, soit directement soit par lintermédiaire dAOL grace à un marketing intense. En France, le résultat fut plutot cocasse : MSN avait lancé le programme « carte blanche » dirigé par un transfuge de la télévision. Lobjectif ? créer du contenu en le finançant. Il suffisaitt donc de soumettre des projets ce fut également un fiasco, car à une époque où les connectés appartenaient à des classes socio-culturelles élevées en raison des couts et de la nouveauté, on visa un contenu aussi grand public que possible. Ainsi naquit une rubrique sur le fromage et le pinard, tandis quun site littéraire était jugé trop élitiste.
Quels flops nous réservent lavenir ? parions sur le succès de la playstation 2, léchec de la console Microsoft, et de possibles soucis pour Apple qui risque de ne pas renouveler tous les ans le miracle du Imac.
Encadré - COMMENT FAIRE UN FLOP
Il existe dinnombrables manières de gaspiller des centaines de millions de dollars. Grace à nos bons conseils, voici quelques méthodes qui ont démontré leur efficacité pour vider votre compte en banque et transformer un vulgaire milliardaire en rm-iste. Si vous habitez en France, le plus simple consiste encore à engager de nombreux salariés, lancer des projets faramineux et irréalistes en méprisant la concurrence, plus particulièrement étrangère. Il ne reste alors plus quà réclamer des subventions à létat, qui se fera un plaisir déviter la perte de centaines, voire de milliers demplois. Le meilleur exemple est Bull, qui est parvenu à perdre des sommes considérables dans linformatique alors même que nous connaissions une révolution aussi importante que celle de la machine à vapeur au 19e siècle. Parmi les grands oubliés français, on peut également citer Goupil et bien sur les ordinateurs de Thomson, bien quau même moment les ZX de lord Sinclair, conçus en angleterre, faisaient un malheur. Tandis quen Allemagne, Amiga est devenu un nom mythique, et Commodore fit une belle carrière. Par conséquent, si vous concevez un ordinateur, confiez son développement et sa commercialisation à un groupe français. A moins dun terrible coup du sort, vous devriez être ruiné dans lannée.
Vous êtes américain ? pas de panique, il est tout de même possible de se ridiculiser. Lerreur la plus classique consiste à privilégier le hardware aux dépends du software, ou de faire exactement le contraire pourquoi Windows est-il si instable ? parce quil permet de faire tourner une part non négligeable des logiciels conçus avant même lexistence de Windows. De nos jours, il est possible de réaliser des programmes qui tourneront indifféremment sous dos, Windows 3.1 ou Windows 95. pour perdre beaucoup dargent, il suffit donc de faire table rase du passé en construisant une machine incompatible avec le nombre le plus important possible de composants, et naturellement un système dexploitation dédié. A la base, un raisonnement pervers : se dire que la machine est tellement géniale que tout le monde va rêver de développer pour elle. Malheureusement, les développeurs ne voient quune seule chose : limportance de la base installée, cest à dire le nombre de machines vendues. Tandis que lacheteur, lui, regardera non pas les performance de lordinateur, mais ce quil va pouvoir faire avec. Résultat, le serpent se mord la queue. Ou alors vous travaillez chez sony et vous créez la playstation. Pas de chance, mais être le numéro un mondial de lélectronique grand public, ça aide philips, bien plus petit, a échoué avec ses consoles CDI.
Mais lon peut faire exactement le contraire : renoncer à toute créativité et laisser le service marketing tout décider à votre place. Malheureusement, le multimédia évolue plus vite que les études de marché. De nos jours, si le développement dun jeu vidéo prend plus de deux ans, il est presque assuré dun échec commercial. Il en va de même si vous créez un site Internet : le temps de financer une étude de marché pour le site de vos rêves, soyez assurés que dix concurrents auront envahi le créneau si original que vous convoitiez au bout de six mois à peine, et que neuf dentre eux auront déposé le bilan ou fusionné quelques mois plus tard.



