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A nos jours mêlés

A nos jours mêlés

Boire trop. Fumer vite. Sourire, toujours. Aimer, comme jamais. Manquer, pour longtemps. 


C'est déjà presque la fin de ces mois intenses. De ce concentré d'ébullitions émotionnelles. Nos corps en tremblent encore. Notre sang se révolte à en rompre le ciel. 

C'est peut-être tout ce qu'il fallait, pour se sentir vivre. Partir, toujours plus vite, toujours plus loin. Partir pour rien, pour beaucoup, peut-être pour toujours. Aucun équivalent, aucune chose semblable à cette profusion de sentiments.


Après ça ? Rien. Peut être le néant. Une chute libre, un vide infini couplé d'un froid prenant. Seuls restent nos souvenirs, projetés telles des diapositives jaunies sur l'écran déréglé du passé.


Car ce qu'il manque, c'est ce décor, beau et chaud à en crever. Il manque ces accents chantants, cette sorte de mélange d'affection et d'alcool dans le sang. Si la décision du départ fut rapide, elle ne fut en aucun cas facile. La balance des sentiments a inexorablement penché vers l'égoïsme. Seul le bénéfice escompté était chargé d'une quelconque importance. 


Et lorsque l'on cherche bien, on finit souvent par trouver. Ici, les jeunes européens cherchent simplement à vivre. A vivre et à rêver.


A la recherche de l'inconnu, de l'impossible, de l'introuvable, de l'ingérable. La vieille Europe n'a plus sa place dans l'esprit vif des jeunes voyageurs européens. Elle est dépassée, toujours en crise, sans cesse en déclin. Elle n'a plus qu'à offrir la carte postale délavée de son paysage fantasmatique. Son passé glorieux n'est plus. 

Les jeunes européens sont désormais emportés par un vent de modernité océanique. Les Terres Australes prennent alors le visage d'un parcours initiatique, aux promesses multiples. C'est ainsi dans l'expectation que le voyage commence. Au sens propre du terme. 

Alors, très vite, la machine s'emballe. On se rencontre, on s'enivre, on se raconte et l'on s'imbibe de tous ceux que l'on croise. Les cultures européennes se mélangent, les corps se confrontent et les frontières s'amenuisent aux fils des rapprochements des esprits expatriés. Dès lors, plus rien ne sera jamais plus comme avant. C'est ainsi l'apparition d'une réflexion nouvelle dans ces corps éreintés. 


45 ° plus au Nord 

Oui, c'est déjà presque la fin. L'hiver s'est allongé sur ce désert autrefois trop rouge, trop chaud, trop isolé. Ce désert que l'on croyait toujours en été est désormais bercé d'un froid piquant. 

Malgré les tables vides balayées par les vents, on les revoit pourtant. Leurs silhouettes se dessinent encore, leurs rires résonnent contre les parois.

Nous sommes ici depuis de longs mois. A notre arrivée, la chaleur était accablante. Le sol brûlant semblait s'appliquer à dépecer nos pieds nus collants au macadam. Nous sommes à Mildura, "yeux en larmes" en aborigène. Petite ville au cœur de l'État Australien du Victoria, en plein cœur du désert. A 550 km au nord de Melbourne. Jamais nom ne fut mieux porté. On y pleure beaucoup à Mildura. Souvent lorsque l'on y travaille, surtout lorsqu'on la quitte. 

Ici, nous étions seuls au monde, ensemble. Ivres, plus lucides que jamais. Apatrides exaltés, fuyant notre hémisphère. Stoned au paradis, dans un décor d'Enfer. Nous venions chacun de pays différent, mais étions européens avant tout. Drapeau fier et ambulant de notre vieux continent suranné. Nos habitudes se sont peu à peu mêlées. Les clichés usuels ne servant qu'à davantage nous rapprocher, nos barrières culturelles se sont évanouies au profit de nos particularités. 

Nous avions d'abord appris à vivre ensemble et, finalement, à immensément nous aimer.

Nous avions recréé un microcosme, dissimulé au regard de la gravité et de l'ennui. Nous chantions autour de ces grandes tablées incrustées du vin renversé, qui supportaient avec vigueur le poids de ceux qui y dansaient. 

Le seul fait d'être réunis suffisait à effacer le souvenir douloureux des longues heures de labeur imposées par l'Etat australien afin d'obtenir un second visa. Graâl s'il en est, de chaque backpacker étranger. 

La notion d'intimité a rapidement été reléguée à une vague et lointaine réminiscence. Seul un simple bout de tissu faisait office de paravent le long de nos lits à deux étages, souvent partagés. C'est dans cet endroit presque insensé que nous appelions maison, que nous sommes peu à peu devenus une famille. 

Qu'ils sont devenus plus que notre propre sang. 

L'intensité rivalisait d'ardeur, puisque le temps nous été compté. 

Car vivre ensemble une telle aventure, c'est également savoir se séparer. Et dans le huis-clos d'une telle fusion, la moindre perte se transforme en cataclysme. On reste d'abord assis ensemble de longues minutes, en silence, pendant que l'autre reconstitue son sac de voyage, qui ne fut, comme tout sac de voyageur, jamais vraiment vidé. De longues minutes de tortures, augurant l'absence à venir. 

On voudrait empêcher le départ, on voudrait crier, on voudrait attacher. On voudrait retenir. 

Mais rien n'y fait, l'heure de l'éloignement vient peu à peu à sonner, pour chacun d'entre nous. Irrémédiablement. Tour à tour.

Un chagrin profond nous étreint alors sans scrupule, déclenchant vagues de sanglots et convulsions massives propres aux enfants blessés.

Quelques objets en souvenir sont distribués, telles des reliques de nos vies partagées. T-shirts, briquets, restes de parfums, colliers ou bracelets, tout est bon pour tenter de maintenir un lien, aussi dérisoire et inutile soit-il. 

Puis, c'est au moment de se quitter que, chaque fois, la même phrase revient. Celle qui résonne à nos oreilles comme un mensonge effronté dont on ne peut se passer: «Ne t'inquiète pas, l'on se reverra». On répond alors d'un oui de la tête avant d'enfoncer son visage dans le cou de l'autre. Pour la dernière fois. 

Car, non, l'on ne se reverra pas. 

Jamais. C'est un Adieu insupportable. 

Et chacun le sait. 

C'est alors les yeux bouffis d'avoir trop pleuré que l'on rejoint notre verre et sa liqueur amère procuratrice d'oubli momentané. Antalgique illusoire de notre cœur malmené. 

Il ne restera, à la fin, que ce petit carnet. Gardien griffonné par ces rencontres aléatoires. Instants gravés au cœur de ces pages flagellées par l'encre noire parfois trop appuyée. L'écho de leur voix singulière agrippe encore jalousement les quelques lignes qu'ils y ont semées. 

Il ne restera que ce frêle piège de papier, miroir de l'exil, prison fragile de notre mémoire perforée.


Car non, nous ne serons plus jamais ensemble, réunis au paradis, au cœur de ce que d'autres prendraient pour l'Enfer.

Nous ne serons plus jamais aussi jeunes, trinquant à cette nuit overdosée d'étoiles.

Nous ne serons plus jamais ensemble, célébrant dans la langue de Shakespeare notre présent parfait. Halte éphémère dans notre fuite, aux douces saveurs de Liberté. 


New-York, La Nuit d'Après
Fausse couche en France, suicide au Japon : qui es...
 

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