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New-York, La Nuit d'Après

New-York, La Nuit d'Après

La nuit n'existe plus depuis longtemps au cœur de la Grande Pomme.
Elle est étouffée, annihilée, littéralement engloutie par les néons, la foule et le bruit.
Alors qu'un brouhaha incessant se mêle aux flashes luminescents des publicités, les vagues de citadins pressés bousculent rêveurs et touristes agglutinés.
Ivre de vie, assoiffée de temps à en perdre le souffle, jamais elle ne se fige réellement. New-York est insomniaque. Hyperactive et démesurée.
Pourtant, ce soir-là, la torche de la statue de la Liberté s'est éteinte. Soufflée comme une vulgaire bougie. Avec elle, c'est toute la ville qui a perdu sa lumière.
Bafouée par les vents. Dévorée par la nuit.

Nous sommes le 30 octobre 2012.

Les vitres ne cessent de trembler.
Elle a été baptisée Sandy. Mais en ce soir d'Halloween, elle se transforme en Franckenstorm et frappe l'Amérique de plein fouet.
Plongée dans le noir, New-York a perdu de sa superbe. La voilà coupée du monde, enchaînée aux vents furieux, livrée à l'enlacement mortel de l'ouragan acharné.
Les grandes avenues sont dès lors abandonnées à la foudre et à quelques intrépides encapuchonnés.

Les rafales rivalisent de violence, s'engouffrant sauvagement dans les rues, étreignant jalousement les gratte-ciel asservis.
Au dehors, seuls les hurlements des sirènes escortent encore le grondement des bourrasques. Leurs va et vient incessants décalquent par intermittence nos silhouettes rougeâtres dans l'obscurité.

La pluie flagelle les vitres dans un claquement continu.
La nuit paraît interminable. La brutalité des éléments sans pitié.
Les volets claquent, les objets deviennent menaces et peu à peu la confiance s'amenuise sous les verves insolentes de l'orage assourdissant.
Plus aucun endroit ne paraît sûr. Les immeubles entiers semblent vaciller.
Alors, on se heurte, on se cherche dans l'obscurité.
On tâtonne afin de trouver les quelques bougies préalablement préparées.
On rassemble ses papiers. Passeport, assurance, rien ne doit manquer.
Et bien sûr, l'on tremble, encore et toujours, à chacun de ces éclairs qui éventrent le ciel.
Nos mots se font rares, nos regards toujours plus inquiets.
Cette nuit-là, alors que l'épaisse noirceur s'abattait sur la ville, New-York ne s'est toujours pas endormie.

Cette nuit-là, alors que la terreur prenait le pas sur l'angoisse, New-York, chancelante, n'a pensé qu'à sa survie.

****

Au matin, le monstre avait rendu sa sentence.
En dehors des innombrables dégâts matériels, il avait fauché quarante et une vies. Quant aux autres, elles allaient devoir réapprendre à vivre.
Le ronronnement de la ville n'est plus. Un silence pesant a remplacé l'effervescence habituelle. Dans les rues jadis bondées règne désormais une atmosphère de fin du monde. Hier mégalopole insoumise, aujourd'hui Atlantide paralysée, New-York peine à réaliser. Métro totalement inondé, ascenseurs hors service, services d'urgence saturés, hôpital évacué, ponts fermés, routes barrées, rideaux de fer de tous commerces bloqués, distributeurs de billets désœuvrés, feux tricolores désactivés.
Partout dans les rues et les parkings, les véhicules ne sont plus qu'un amas de taule empilé. Branches et autres débris disséminés par les flots, jonchent les trottoirs. De toute part, la ville défigurée porte les stigmates profonds de la nuit passée.
La voilà hagarde, désarmée, totalement désorganisée. L'état de catastrophe majeure vient d'être décrété et partout les passants arpentent les avenues, le regard vide. Le pas traînant. Secouant la tête dans l'espoir fou de se réveiller de ce cauchemar abrutissant.

****

Les nuits d'après, privés d'électricité, l'eau vient peu à peu à manquer. Puis, rapidement, l'air se glace et les batteries s'essoufflent.
On se résout alors à déposer les denrées fragiles sur le rebord des fenêtres et à assister, impuissants, à l'arrêt de notre technologie déchargée.
Tout juste libérés de ces liens énamourés, le syndrome de Stockholm commence aussitôt à se jouer de nous. L'on se sent nus, abandonnés, inactifs, et désorientés. Le temps engorgé d'ennui semble s'être inévitablement rallongé.
Nos moyens de communication et d'information sont désormais inutilisables. L'espoir d'un rechargement ne cesse d'étendre les files d'attentes auprès des groupes électrogènes devenus Saint Graal.

Et bien sûr, très vite, la patience s'étiole.
Les quelques esprits excédés s'échauffent.
Le chaos s'est nerveusement emparé de chacun de nos gestes quotidiens.
La parole remplace alors les conversations virtuelles, les échanges s'intensifient, et l'individualisme laisse peu à peu place au cœur et à la solidarité.
Dans les immeubles silencieux résonnent désormais les pianos, et les guitares. Les chants d'espoir et les rires d'enfants.
La nuit d'après, pour la première fois depuis une éternité, les astres se sont remis à briller au-dessus de la Grande Pomme.
Et avec eux, c'est inéluctablement la question de la place de l'Homme qui s'est à nouveau posée.
Face aux éléments déchaînés comme à la voûte céleste révélée, l'Homme s'est pris à songer à sa condition.
C'est alors entre humilité et introspection, que sous un ciel dégagé, New-York a redécouvert le calme et les étoiles. C'est sous un ciel sans voile que New York l'ébranlée s'est remise à vivre. À croire. À penser.

Ainsi, la nuit d'après, New-York l'invincible s'est une nouvelle fois relevée. Plus fière, plus forte.

Réaffirmée.

​Une Nuit Couleur Madras
A nos jours mêlés

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